Luc Lamirault : “Pas question d’abandonner notre politique de filières”

Le président du Comité de développement économique d’Eure-et-Loir (Codel) entend poursuivre la politique de filières qui, grâce au succès de la Cosmetic Valley, a permis au département de sortir du rang. L’agroalimentaire fait aujourd’hui l’objet d’une attention toute particulière. 
 La Lettre Valloire : Les agences de développement économique semblent vouloir faire évoluer leurs missions et leurs positionnements. Qu’en est-il du Codel?
Luc Lamirault : Le Codel a, sans doute, été l’une des premières agences de développement économique à mener une politique de filières d’une telle portée, comme en témoigne le succès de la Cosmetic Valley. Aujourd’hui, cette dernière vit sa propre existence et le concept bénéficie à d’autres territoires. Tant mieux ! Toutefois, l’Eureet- Loir demeure le berceau historique de cette “marque” connue dans le monde entier. Il n’est évidemment pas question d’abandonner une stratégie qui a fait, je crois, ses preuves. Ce qui ne nous empêche pas de mettre un accent tonique sur la prospection à l’international. Nous venons d’ailleurs de recruter un chargé de mission qui parle parfaitement l’anglais et l’arabe. J’ajoute que Jacques Briand, le nouveau directeur du Codel, a acquis une très forte expérience de l’entreprise et de l’international, notamment en Indonésie. Nous nous appuierons aussi sur un réseau de volontaires internationaux en entreprise (VIE) que nous souhaitons constituer. Bien entendu, ces efforts de prospection seraient vains s’ils ne s’accompagnaient pas de la volonté d’accroître notre offre foncière. Ainsi, le département a programmé la viabilisation sur les cinq prochaines années de 1 700 ha de zone d’activité.

LV : Depuis plusieurs semaines, l’Eure-et-Loir pâtit d’une forte exposition aux difficultés de l’automobile et de l’électronique. Quel diagnostic portezvous sur cette crise ?
L.L. : Nous sommes face à une mutation irréversible. Nous ne devons pas laisser choir notre socle industriel, le plus étoffé de la région Centre, qui a nous permis de créer de nombreux emplois. Ne nous berçons pas d’illusions. En raison des impératifs du juste-à-temps et du coût de la logistique, certaines activités industrielles pourront être pérennisées, mais d’autres vont avoir beaucoup de mal à subsister en l’état. Il vaut mieux investir massivement dans le tertiaire et dans les activités à forte valeur ajoutée. Reste que si, malheureusement, des sites industriels devaient fermer en Eure-et-Loir dans les secteurs que vous mentionnez, le Département et le Codel prendraient toute leur part dans les actions de revitalisation qui seraient engagées.

LV : On constate un déséquilibre important sur le plan économique entre les franges franciliennes et le sud du département. Développez-vous une action spécifique afin de résorber ce fossé ?
L.L. : Ce déséquilibre est évident et assez ancien. Je dois dire qu’il est assez difficile d’imposer à un entrepreneur une localité pour son implantation ! Reste qu’au Codel, nous avons pris l’habitude de proposer d’emblée des sites dans le grand sud-ouest du département aux candidats à l’installation. Nous pensons que l’amélioration des dessertes autoroutières, notamment l’ouverture à Luigny d’une sortie sur l’A 11 et la réalisation de l’A 19 entre Artenay et Courtenay, offrira de nouvelles perspectives à ce territoire, qui de toute façon reste et restera concurrencé par les zones limitrophes de l’Ilede- France. Une autre initiative, susceptible de désenclaver définitivement le sud du département, serait la création d’une gare TGV à Arrou, à l’intersection de la desserte du train à grande vitesse vers le Mans, d’une part, et Bordeaux, d’autre part. Mais nous n’en sommes pas encore là...

LV : Rétrospectivement, de quelles actions êtes-vous le plus fier ?
L.L. : Il est difficile de hiérarchiser. La politique de filières que nous avons engagée a donné une visibilité internationale à l’Eure-et-Loir. Parallèlement, notre politique d’accompagnement des projets d’installation ou d’extension, qui a concerné environ 700 entreprises, a généré plusieurs centaines de millions d’euros de travaux et des centaines d’emplois. Je voudrais isoler un outil spécifique de notre dispositif, moins spectaculaires mais tout aussi efficace : celui des prêts d’honneur (25 000 € sur cinq ans) qui ont donné à beaucoup de créateurs le coup de pouce décisif. Ce prêt d’honneur rassure les banques et devrait aussi constituer un élément déterminant pour les projets de reprise d’entreprises consécutifs au départ à la retraite des dirigeants. La problématique de la reprise constituera sans doute l’un des challenges les plus critiques à relever au cours des prochaines années.

LV : Quels vont être les moments forts des prochains mois ?
L.L. : Nous sommes en train de pousser les feux sur le volet agroalimentaire. Cette politique s’est traduite par la création, aux côtés de la Chambre d’agriculture, d’Agrodynamic. Cette association, qui fédère un véritable réseau de compétences doit se développer sur le modèle de la Cosmetic Valley. L’idée centrale, c’est la prise de conscience que les terres de Beauce sont suffisamment riches pour s’adapter à d’autres types de culture que les traditionnelles céréales. Et que ces nouvelles cultures peuvent générer une valorisation plus importante. Nous avons été surpris de l’accueil, plus que favorable, fait à ces idées neuves par la communauté agricole et leurs représentants. Et nous enregistrons déjà les premiers résultats tangibles de cette politique ; citons la société PMA 28, qui s’est lancée avec succès dans la production, le séchage et le broyage de plantes médicinales pour la cosmétique et l’industrie pharmaceutique ; parlons aussi de France Ponte, un élevage avicole qui va réserver des productions spécifiques destinées à la culture des vaccins contre la grippe. Ces quelques exemples n’épuisent pas le sujet. Nous avons lancé plusieurs pistes dans le domaine des biocarburants, de l’agro-énergie (huile de colza), de la santé, des biomatériaux, de la nutrition. Tout ce travail de longue haleine commence à payer... et à être reconnu. L’Eure-et-Loir vient ainsi d’être désigné pôle d’excellence rurale par le gouvernement. C’est une belle récompense qui va nous permettre de bénéficer de toute une palette de financements. Faites nous confiance ! Agrodynamic va monter en puissance.

Propos recueillis par

Jean-Christophe Savattier

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Court répit

L’élection sans surprise de François Hollande à la présidence de la République ouvre une période de relative incertitude jusqu’au 17 juin et l’installation de la prochaine Assemblée.
Mais l’actualité ne laissera pas de répit au nouveau pouvoir. La situation économique intérieure, d’abord, qui menace de se détériorer encore, avec des vagues de licenciement de grande ampleur et les prochaines échéances de la dette (la France devra lever 12 Md€ dans huit jours) ; la situation de l’Union européenne, ensuite, avec les graves menaces d’implosion politique, autant   qu’économiques, qui pèsent sur la Grèce. Jamais, depuis 1958, un nouveau gouvernement n’aura été confronté à autant d’obstacles. Il faudra que François Hollande et son futur Premier ministre montrent de la détermination et une capacité sans faille à maintenir le cap dans la tourmente. Quitte à jeter par dessus du bord certaines promesses qui, on le sait, n’engagent que ceux qui y croient.
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