Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais tout devient durable. Le développement, surtout, est durable.
Ce qui, au passage, contredit la théorie des cycles - celle qui a valu le goulag puis le peloton d’exécution à l’économiste Kondratieff - où aux phases de croissance succèdent inéluctablement des périodes de récession. Mais ça ne fait rien. Au royaume d’Ubu, la moindre plantation de carottes labellisées « bio » devient durable, alors que l’industriel qui fait vivre un millier de personnes dans son canton ne génère que précarité. Pourtant pas verte pour un sou, ma banque tourangelle m’a averti que, désormais, elle facturerait ses relevés de comptes. « Dans le cadre de notre engagement pour le développement durable, a-t-elle le culot d’écrire, nous cherchons à réduire les échanges papier. » De l’art de ponctionner ses clients en les prenant pour des imbéciles. Les autres m’inondent de courriels à ne surtout pas imprimer parce qu’il faut « lutter contre la déforestation de la planète ». Il serait tellement plus simple de ne pas les envoyer... Tout dernièrement, une chaîne de fast food annonçait l’ouverture d’un nouveau « restaurant » – j’ai ajouté volontairement les guillemets – à Châteauroux. Ladite chaîne se qualifie de « créateur de liens durables avec le tissu économique et social local ». Il n’ont pas osé le hamburger écolo, mais le coeur y était… Même le ministre de l’Ecologie, celui qui est durablement mal coiffé, y est allé de son couplet pour nous faire avaler la pilule. En 2009, il faudra payer encore plus cher pour conduire des grosses cylindrées. Il est vrai qu’en France, la taxe et l’impôt respectent depuis bien longtemps les règles les plus strictes du développement durable.







