En France, un magnat de l’industrie - un tycoon, comme disent les anglo-saxons - n’est respectable que lorsqu’il acquiert un journal qui perd de l’argent.
C’est pour cette raison que Bernard Arnault, patron de la Tribune, ne dérange personne, mais que Bernard Arnault, patron des Echos, inquiète. Curieusement, le souci de l’indépendance éditoriale, qui semble soudainement tarauder les journalistes des Echos, n’a jamais préoccupé ceux de la Tribune, payés depuis des années grâce aux comptes courants abandonnés par le président de LVMH dans ce titre structurellement déficitaire (plus de 1 M€ de pertes mensuelles). Dans la liste croquignolesque des soutiens aux rédacteurs coalisés, on relève le nom de Marie-George Buffet, que l’on ne savait pas attachée à la ligne très libérale des Echos. Parmi les autres défenseurs de la stricte séparation de la plume et de la finance, on remarque la présence de François-Henri Pinault, patron de PPR et fils du propriétaire du Point, de Bernard-Henri Lévy, chroniqueur de ce même hebdomadaire très indépendant du CAC 40, ainsi que celle de Martine Aubry, pas rancunière après le traitement dont ont fait l’objet ses deux lois sur les 35 h dans les colonnes du quotidien économique. Enfin, entre un rugbyman et un violoniste de jazz (!), on déniche les signatures de quelques universitaires que l’on aurait plus sûrement imaginés volant au secours du Monde Diplo que des Echos. Précisons à l’usage des lecteurs non avertis que lorsqu’un journaliste n’approuve pas la vente de l’entreprise de presse qui l’emploie, il a le privilège unique de pouvoir faire jouer la fameuse “clause de cession” qui lui permet de démissionner en empochant une indemnité équivalente à un mois de salaire par année d’ancienneté, tout en préservant ses droits à l’assurance chômage. Tout a un prix, même l’indépendance.











