Si l’on devait trouver une vertu à la crise qui vient de secouer la planète financière, ce serait probablement d’avoir permis de retrouver les chemins de la sagesse.
Les valorisations irréalistes ont vécu et les critères d’appréciation des entreprises sont devenus plus raisonnables.
16-09-10 - Alors que tout semble indiquer que le point bas de la crise économique qui a succédé aux dérèglements de la finance mondiale est derrière nous, l’heure est à l’analyse. Dans le numéro à paraître du magazine de La Lettre Valloire*, largement consacré comme chaque automne à la transmission d’entreprises, les responsables d’établissements bancaires que nous avons interrogés sont unanimes : le temps des folies est révolu et le retour aux « fondamentaux » est acté. Priorité aux repreneurs solvables et aux dettes raisonnables.
Reste qu’il faut désormais gérer et digérer les opérations passées, celles qui se sont conclues sur la base de multiples démesurés ou de ratios fonds propres/dettes seniors irréalistes. Pierre Dalphin, responsable des relations entreprises et financements structurés à la Banque Populaire Val de France, s’attend à des débouclages de LBO compliqués : « En 2012 et 2013, les investisseurs présents au tour de table des LBO signés 7 ans auparavant, au moment où les multiples étaient au plus haut, voudront sortir dans les conditions qu’ils avaient prévues au départ ».
Cette crise aura permis, pour le moins, de retrouver les vertus d’une trésorerie saine et bien garnie. Ceux qui s’en seront souvenus sortiront probablement gagnants de la période actuelle. Car « il va y avoir des opportunités de fin de crise ou d’après-crise. Ce sont les entreprises qui ont de la trésorerie qui pourront les saisir » avertit Pierre Dalphin. Confirmation de Catherine Kraft-Le Marec, de Centre Capital Développement (CCD) : « Les opportunités à l’achat seront d’abord saisies par des entreprises en croissance externe qui disposent de cash ». Même sentiment chez Guillaume Colosiez, chargé d’affaires en ingénierie financière à la Banque CIO-BRO (groupe CIC), qui étudie plusieurs dossiers de reprises de branches d’activité par des entreprises bien gérées, en quête de croissance. « Ce sont elles les grandes gagnantes de la période » assure-t-il.
Tous en sont persuadés. Les opérations de fusion-acquisition devraient revenir à la mode. « On a atterri sur les niveaux de valorisation », reconnaît Sylvie Rodier, directeur ingénierie des entreprises pour Carcie, le groupement des quatre caisses de Crédit Agricole représentées en région Centre. Pierre Dalphin confirme : « Nous revenons à des niveaux normaux, qui correspondent à 3,5 ou 4 fois l’excédent brut d’exploitation ».
Même avis du côté de CCD, toutefois Catherine Kraft-Le Marec n’est pas convaincue que cet ajustement favorise le marché : « A des coefficients multiplicateurs raisonnables, le cédant ne vend plus. Il attend une meilleure période pour conclure au prix qu’il s’était fixé au départ ». La crise n’aurait-elle donc servi à rien ? « Pas sûr » admettent unanimement nos banquiers. D’abord, les entreprises restées saines sont en position de force pour reprendre des sociétés fragilisées. « De la survaleur, on passe parfois à une sous-valeur pour des raisons conjoncturelles» analyse Sylvie Rodier.
Les montages « tendus », où l’apport de fonds propres était parfois, comme le rapporte Catherine Kraft-Le Marec, « 7 à 8 fois inférieur au montant de la dette », est un temps bel et bien révolu. Qu’on se le dise, le repreneur de la décade 2010-2020 devra avoir les reins solides. Même si Guillaume Colosiez affirme que la position de sa banque n’a pas changé : « Nous réclamons toujours entre 20 et 30 % d’apport ».
Excès de prudence ? « Non, retour des bonnes pratiques » corrige Sylvie Rodier, qui voit émerger une tendance à la transaction incluant souvent des compléments de prix, des dispositifs qui permettent de réduire l’apport de cash, soit en pratiquant un « crédit-vendeur », classique ou revisité, soit en intéressant le cédant aux résultats futurs de l’entreprise, technique assez couramment utilisée outre-Atlantique sous le nom de earn-out.








