Du rififi chez les présidents de CCI

Les CCI de la région Centre ne sont plus d’accord sur grand-chose. Fortes de leur poids économique, les deux CCI de Tours et d’Orléans contestent la répartition des sièges à la chambre régionale – la CRCI Centre – qui donnera, sauf imprévu d’ici au mois de mars, le pouvoir à un président issu des quatre “petites” chambres, à priori celui de Blois. L’ambiance est tendue entre les six chambres de commerce et d’industrie (CCI) de la région Centre. Au centre du conflit, le contrôle de la chambre régionale, dont la présidence sera vacante au mois de mars, Pierre Ferrand (cf. notre interview du 27 juin 2007) ayant décidé de se retirer pour ne conserver que la présidence de la CCI du Cher. Cette redistribution des cartes est la conséquence directe de la réforme des chambres de commerce engagée par l’Etat, dont le dernier acte est un décret relatif à la désignation des membres des chambres régionales, paru le 5 septembre dernier. Les deux établissements les plus importants, la CCI du Loiret et la CCI de Touraine (ex-CCI d’Indre-et-Loire), ne veulent plus “assurer la majorité des ressources de la CRCI, et ce dans des proportions toujours croissantes, et se trouver minoritaires au sein du conseil d’administration” s’emporte Roger Mahoudeau, le bouillant président de la chambre tourangelle, qui conteste les modalités de répartition des sièges votées lors de la dernière assemblée générale. Orléans et Tours ne disposeront en effet que de 15 élus sur 31, Blois, Châteauroux, Chartres et Bourges se partageant les 16 postes restants et comptant bien sur cette fragile majorité pour porter l’un – ou l’une – des leurs à la présidence. Tours réclame la création d’un 32e siège, qui lui serait attribué, ce qui mettrait les deux blocs à égalité. Alain Courtois, président de la CCI de Loir-et- Cher, justifie pourtant la répartition des sièges votée en décembre. “Ce n’est pas moi qui ai rédigé le décret, explique l’actuel 1er vice-président de la CRCI. La répartition qui prévaudra pour les années à venir a été calculée en fonction de la pesée économique de 2002, comme le prévoit le décret. Nous n’avons fait qu’appliquer la loi”. Mais la loi est si floue que le préfet de Région s’est fendu d’un courrier au même Alain Courtois, daté du 17 octobre, dans lequel il rappelle “l’esprit” de la réforme évoquée plus haut qui conduirait, selon lui, à “privilégier une répartition des sièges instaurant un équilibre entre les deux plus grandes chambres et les quatre autres départements”. Tout en diplomatie, le représentant de l’Etat se risque à avancer qu’il lui “apparaîtrait opportun que la conjonction des quatre plus “modestes” (CCI) ne puisse pas contraindre les deux qui alimentent plus de la moitié du budget de l’institution”. En clair, le Préfet se prononçait pour la signature d’un Yalta obligeant les deux blocs à s’entendre et à partager le pouvoir. Las, l’AG de la CRCI Centre, le 10 décembre, n’a pas suivi ses recommandations. Les quatre David sont venus à bout des deux Goliath. Un oukase étant exclu, le préfet suivra la proposition du conseil d’administration de la CRCI et prendra prochainement un arrêté fixant le nombre de ses membres à 31. Avant la fin du mois de mars, les 16 représentants des CCI du Cher, de l’Eure-et-Loir, de l’Indre et du Loir-et-Cher éliront un nouveau président en leur sein. En annonçant sa démission, Pierre Ferrand a désigné son 1er vice-président Alain Courtois comme successeur. “J’accepterai la présidence de la CRCI en mars” confirme celui-ci. La question se reposera à la fin de l’année 2009, après les élections consulaires locales. Le moment venu, Alain Courtois n’excluera rien, ni de briguer un nouveau mandat à la tête de la CCI de Loir-et-Cher – ce qui n’entrait pas forcément dans ses projets au début du mandat en cours – ni de poursuivre à la tête de la CRCI. “Je choisirai l’un ou l’autre” assure-t-il, tout en laissant entendre que sa préférence irait probablement à la fonction régionale. Au-delà d’une lutte pour le pouvoir, ce sont bien les dissensions entre les hommes qui sont à l’origine de la crise actuelle. Les CCI de Blois et de Chartres ont encore en travers de la gorge la fermeture des deux antennes de l’Iseme décidée “unilatéralement” par la direction de l’Escem, l’Ecole de commerce de Tours-Poitiers fondée par la CCI de Touraine. Depuis, les relations se sont progressivement dégradées dans le milieu consulaire. Si la CRCI a reconduit sa subvention à l’Escem, Alain Courtois explique qu’à l’avenir, il faudra prendre en compte l’ensemble des dispositifs de formation du réseau des CCI et peut-être réexaminer la répartition de l’enveloppe dévolue jusqu’à présent à l’Escem. Une perspective qui a le don de courroucer, on l’imagine, son collègue de Tours. En contrepartie, celui-ci jette en travers de la route de ses adversaires son site collaboratif Ecobiz, rival de ProForum, un système proche de la plate-forme d’échanges promue par la CRCI. Roger Mahoudeau a convaincu son collègue de la CCI du Loiret de rejoindre Ecobiz. De même, l’Iseme pourrait bien ouvrir un campus à Orléans. Les deux départements, qui totalisent un peu moins de la moitié de la population de la région Centre mais, au vu de la dernière pesée, 52 % de son potentiel économique, ont donc scellé une alliance en mettant de côté leurs ambitions de leadership régional. Quoiqu’une manoeuvre de dernière minute, soigneusement préparée en coulisse, ne puisse pas être totalement écartée…
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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