Recensement systématique des entreprises dont le dirigeant approche de l’âge de la retraite, accompagnement des futurs cédants comme des candidats repreneurs : la CCI d’Eure-et-Loir a mis en place une véritable ingénierie pour faciliter la transmission des entreprises sur son territoire. Et les résultats sont probants.
18-7-11 - La transmission d’entreprises est, depuis de nombreuses années, au cœur des préoccupations de la CCI d’Eure-et-Loir. Dans ce département où les PME abondent – les entreprises de 10 à 250 salariés représentent près des deux tiers des emplois ! – le départ à la retraite des dirigeants est devenu un véritable enjeu économique.
On rappellera qu’au plan national, 55 000 entreprises sont transmises chaque année : 10 % d’entre elles sont des PME et elles représentent un peu moins de la moitié des 331 000 emplois concernés par une reprise.
Ne se contentant pas d’enregistrer les appels entrants, le service ad hoc de la CCI a une véritable démarche proactive. « Nous rencontrons plus de 130 repreneurs chaque année », confirme Jean-Marie Schott, son responsable. Mais la démarche va au-delà d’une simple visite de courtoisie. Deux formations sont proposées aux candidats à l’entrepreneuriat: le cercle des repreneurs les aide, en une dizaine de matinées, à construire leur projet et à maîtriser ses différentes étapes, et l’école des managers – une des deux existant en région Centre avec Orléans – dispense 57 journées de cours sur une année pour que repreneurs familiaux ou collaborateurs d’entreprises aient la possibilité d’apprendre leur nouveau métier. De surcroît, plusieurs manifestations et réunions techniques se tiennent chaque année afin de sensibiliser le public à la reprise d’entreprises ou les sociétés existantes à la croissance externe. Joël Alexandre, expert-comptable de son état et président de la CCI eurélienne, est tout disposé à partager cette expertise avec ses voisins : « Cette démarche originale pourrait être dupliquée sur d’autres territoires», affirme-t-il.
Pour proposer aux candidats repreneurs l’entreprise idéale, il faut bien connaître son panel de cédants. A partir de ce mois de juillet, les 222 PME du département dont le dirigeant est âgé de plus de 55 ans seront systématiquement appelées. Ce recensement va permettre de réactualiser une cible jugée « prioritaire » et de maintenir l’excellent niveau de résultats de ces dernières années.
En effet, depuis 2006, 190 mises en relation entre des cédants et des repreneurs ont été organisées : dans tout juste la moitié des cas, le rendez-vous initial s’est soldé par une transmission réussie. Et grâce à cela, plus de 1 800 emplois ont été pérennisés.
91% des entreprises transmises depuis 2006 sont pérennes
Si le départ à la retraite motive le plus souvent la démarche, il est préférable de se préparer très en amont au passage de témoin. « Entre six mois et cinq ans peuvent s’écouler entre le premier contact et le début du processus de transmission », confirme Didier Ducrocq, chargé de mission à la CCI.
Hervé Salmon, qui s’était donné trois ans pour se trouver un successeur à la tête de Mécanique du Plateau, à Gasville-Oisème, n’a finalement eu besoin que de six mois pour trouver l’oiseau rare, identifié grâce à la cellule transmission de la CCI. « Le déclic s’est produit dès la première rencontre », assure le cédant qui avait lui-même racheté la société neuf ans auparavant. Au mois d’avril dernier Stéphane Lenain, un technico-commercial de 37 ans, est devenu le patron de cette TPE de 7 salariés installée dans un bâtiment pimpant, construit en 2008. Entre les deux hommes, dont l’un pourrait être le fils de l’autre, « une amitié est même en train de naître ».
Quand aucun repreneur familial, ou collaborateur, n’est en vue, le chef d’entreprise doit se tourner vers l’extérieur. C’est là qu’interviennent les intermédiaires, CCI, mais aussi experts-comptables, avocats ou cabinets spécialisés.
Hervé Lucas, repreneur en juin 2009 de TIMT, un cintreur de tubes à Châteauneuf-en-Thymerais, a terminé sa carrière de salarié comme directeur commercial d’une entreprise de chaudronnerie-tôlerie où il a travaillé plus de vingt ans. Durant cette période, la petite entreprise est devenue moyenne, passant de 25 à 150 salariés. Dans ces conditions, prendre les rênes d’une société qui dépasse à peine la dizaine de collaborateurs demande un certain travail sur soi.
Une reprise réussie en appelle une autre
Hervé Lucas a transformé ce challenge en atout : grâce à son expérience, mais aussi à un peu de bon sens, il a mis en place une organisation « plus claire », aménagé des espaces de rangement dans l’atelier et ainsi libéré des surfaces pour la production. Une reprise réussie en appelle une autre et, deux ans après TIMT (14 salariés pour 1,3 M€ de CA), Hervé Lucas vient de boucler le rachat d’une petite entreprise de tôlerie (5 salariés pour 0,6 M€ de CA) située à une vingtaine de kilomètres de Châteauneuf-en-Thymerais.
Les cédants ont parfois une idée précise sur l’identité de leur successeur, même quand il faut aller le chercher en dehors du cercle familial. « Ce sont les anciens propriétaires qui m’ont choisi », assure Philippe Sandrin, repreneur en 2004 du carrossier pour véhicules spéciaux TIB, à Brezolles. Pour autant, il a fallu un an de négociation avant de trouver un terrain d’entente : « L’entreprise était chère, commente l’acquéreur. J’ai dû emprunter, mais quand l’entreprise est de qualité, on trouve toujours des banques pour débloquer des fonds ». Sept ans après, le chiffre d’affaires de ce spécialiste des véhicules de secours et d’assistance (ambulances, pompiers…) a été multiplié par trois (de 3,7M€ à 11 M€) et le moment est venu de songer à une nouvelle transmission, familiale cette fois. « Dans trois ans, mes deux fils prendront le relais », indique Philippe Sandrin.
Pour assurer la continuité de cette pépite de 87 salariés, les deux conseillers transmissions de la CCI d’Eure-et-Loir n’auront pas besoin d’intervenir. Ils pourront se consacrer à d’autres cédants et à d’autres repreneurs. Selon les statistiques de la maison, 91% des entreprises transmises depuis 2006 avec leur appui sont pérennes. Un taux d’échec de seulement 9 %, à rapprocher de l’étude d’Oséo sur la transmission des PME qui situe entre 20 et 32 % le taux d’échec sur le plan national. Un écart qui se passe de commentaires.











