La desserte fret exclusivement utilisée par Butagaz entre Sully-sur-Loire (45) et Aubigny-sur-Nère (18) est menacée de fermeture.
Réseau Ferré de France ne pourrait financer qu’à la marge les travaux de remise en état estimés à 12 M€. Et les collectivités se font tirer l’oreille.
Réseau Ferré de France (RFF) met les pieds dans les plats ! Si un tour de table financier permettant la rénovation des voies n’est pas arrêté avant la fin de l’année 2009, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires interdira la circulation des trains sur le dernier tronçon de la liaison fret Orléans-Aubigny-sur-Nère, soit les 36 km au-delà de Sully-sur-Loire. Au risque de mettre singulièrement dans l’embarras les responsables de la plate-forme d’emplissage de Butagaz d’Aubigny-sur-Nère, seule utilisatrice de cette desserte. « Nous n’avons pas d’alternative », indique un porte-parole de RFF, qui rappelle que cette extension de ligne, usée jusqu’à la corde, ne permet plus d’acheminer les trains en toute sécurité. « Nous avons déjà ramené la vitesse de 40 à 20 km/h, souligne-t-il, et, si rien ne se passe, nous devrons fermer… »
Certes, des travaux estimés à 12 M€ permettraient de remettre cette infrastructure dans un état correct. Mais aucun protagoniste ne semble disposé à sortir le carnet de chèques. D’autant que la question de l’opportunité de la remise en état est légitimement posée.
RFF, qui prend déjà en charge des dépenses régulières de maintenance évaluées à 34 000 € le kilomètre par an, a provisionné 2,6 M€ pour d’éventuels travaux, « le maximum que nous puissions faire compte tenu des ratios d’utilité socio-économique que nous nous devons de respecter ».
En effet, Réseau Ferré de France ne perçoit de SNCF Fret, l’exploitant commercial de la desserte, qu’un maigre droit de péage de… 40 € du kilomètre par an. Par ailleurs, le trafic réalisé par Butagaz (40 000 tonnes, soit 2 A/R par semaine) reste somme toute modeste et les perspectives d’installation d’autres industriels quasi inexistantes. Bref, ne serait-il pas plus raisonnable d’employer l’argent public à des remises à niveau de dessertes plus fréquentées, comme vient de le démontrer un audit mené par Profer, un regroupement de chargeurs ?
Chez Butagaz, on ne veut pas se situer dans une logique du tout ou rien. « Le site embranché d’Aubigny (24 salariés employés), qui emplit en bouteille du gaz reçu en vrac, est un site stratégique, nous indique la direction. Si la desserte ferroviaire ferme, nous serons dans l’obligation d’utiliser une noria de camions (entre 1 500 et 2 000 par an). Ce qui ne nous semble pas tout à fait compatible avec l’esprit du Grenelle de l’Environnement. » En terme de coût, l’impact du passage à la route serait presque neutre, « si l’on exclut des coûts d’aménagement des aires de réception et d’expédition » poursuit la direction. Mais cette dernière indique qu’elle « n’entend pas jouer les dindons de la farce. Nous avons financièrement participé au financement de l’extension de la ligne. Chacun doit prendre sa part de responsabilité dans cette affaire ».
Du côté des collectivités locales, on aborde ce dossier avec une prudence de Sioux. La Région Centre – qui n’est pas autorité organisatrice du transport des marchandises – a toujours proclamé son attachement politique au fret. Et la fermeture de la ligne entre Sully-sur-Loire et Aubigny-sur-Nère sera symboliquement et politiquement vécue comme un échec. Toutefois, l’enveloppe (environ 20 M€ dans le cadre du contrat Etat-Région) qu’elle affecte au développement du fret est déjà absorbée par des projets d’amélioration d’infrastructures jugées prioritaires. Des projets répertoriés par Profer qui, dans l’audit précité, a estimé à… 75 M€ le coût d’une remise à niveau de toutes les dessertes régionales fret. Et pas question à ce jour de compter sur l’engagement des Départements du Loiret et du Cher. Ces collectivités ont déjà poliment fait savoir qu’elles avaient d’autres chats à fouetter… et des routes à entretenir. Une première réunion de conciliation doit se tenir en préfecture le 3 juillet prochain ; il serait étonnant qu’à l’issue de la rencontre une enveloppe miraculeuse de 10 M€ vienne sauver la desserte Butagaz.






