La crise aura été aussi celle des opérations de fusions-acquisitions. Après l’écroulement du marché en 2009 et l’amorce d’une reprise en 2010, c’est peut-être l’occasion de faire de bonnes affaires.
Les valorisations ont baissé et rendu les acquisitions plus abordables. C’est le principal enseignement de l’enquête à paraître dans le magazine de La Lettre Valloire qui sort dans quelques jours.
15-09-10 - La crise a gelé les stratégies de croissance externe. En 2009, les opérations de fusions-acquisitions ont représenté, au plan mondial, 2 400 Md$, un plus bas historique depuis... trente ans. L’an passé, le marché français n’a pas dérogé à la tendance avec un montant d’opérations de 89,5 Md€, soit – 35 % par rapport à 2008. Pour autant, les PME peuvent se mettre en chasse. Côté pile, les repreneurs vont tabler sur des ratios de valorisation des cibles plus raisonnables : « En 2009, la moyenne des LBO se traitait à 6 fois l’Ebitda (équivalent à l’excédent brut d’exploitation, NDLR), relevait récemment Antoine Roué-Lecuyer, d’Edmond de Rothschild Entreprises Patrimoniales. Sur la période 2006-2007, on a connu des pointes à 10 fois l’Ebitda ». Côté face, les fonds sont plus difficiles à mobiliser, banques et investisseurs devenant beaucoup plus sélectifs.
Quels sont les pièges à éviter ?
Tout d’abord, un candidat repreneur ne doit pas se fier à la prétendue richesse du gisement d’entreprises à transmettre. « En France, 70 000 chefs d’entreprises partent à la retraite tous les ans, explique Antoine Roué-Lecuyer, mais seules 15 % des entreprises sont considérées comme réellement cessibles ». Le candidat doit aussi comprendre qu’on ne déniche pas à tous les coups une pépite. D’autant que le marché est de plus en plus disputé pour des cibles de plus en plus petites... et de plus en plus chères. Selon une étude portant sur les PME de moins de 100 salariés et d’une valorisation comprise entre 300 000 € et 5 M€, l’effectif moyen des entreprises cédées ne cesse de chuter.
En revanche, en 2006, la valeur de transaction moyenne, en hausse continue depuis une dizaine d’années, atteignait 880 000 € pour un CA moyen de 1,9 M€. Alors, pourquoi se lancer tout de même dans cette course de longue haleine… hérissée d’obstacles ? « Pour gagner du temps », professe Michel Hervé, fondateur et patron d’Hervé Thermique, une entreprise de Joué-lès-Tours qui dépasse les 300 M€ de CA. Au final, quels sont les secrets des « serial repreneurs » ?
A l’entendre, Christophe Villemain, qui a repris une bonne douzaine de sociétés principalement dans le bâtiment, n’avait pas trop le choix. « En 1993, au début de l’entreprise, nous étions en pleine crise. J’avais besoin de bras. Le seul moyen d’en trouver, c’était de racheter des affaires. ». Mais, en plus de quinze ans, ce travailleur boulimique qui trouve le temps de diriger, outre ses entreprises, un parc de loisirs (Fantasy Forest), un complexe hôtelier (le Domaine des Thômeaux) et la mairie de Mosnes (37), applique une règle d’or : « L’adhésion du personnel au projet ». Ce souci de l’humain est partagé par Emmanuel Vasseneix qui nous indiquait en 2008 que la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel, dont il préside aux destinées, n’était pas « en quête de croissance externe à tout prix », mais qu’elle cherchait « plutôt à créer des richesses et de la valeur pour ses collaborateurs ».
Toutes les tentatives ne sont pas couronnées de succès. Des déconvenues, Yves George, pdg de Sky Accès, en a connues depuis 1987, année où son entreprise d’installation d’échafaudages a réellement démarré après son rachat par la société Lardier. « J’ai négocié trois ans avec une société du Sud-Ouest. Pour m’apercevoir, après tout ce temps, que le chef d’entreprise ne voulait pas lâcher son bébé », se souvient-il. L’échec récent d’une opération de croissance externe n’a pas rebuté non plus Patrice Veneault, le patron de Sidamo, à La Chaussée-St-Victor (41). Au dernier moment, il a renoncé à signer le protocole d’accord, alors que tout était prêt. Certains points, restés obscurs, l’inquiétaient. Il a eu raison. Le groupe qui a arraché le morceau n’a pas eu son flair et la reprise s’est transformée en cauchemar. Le nouveau président du Medef 41 a signé en début d’année une acquisition, d’une taille plus modeste, et en étudie d’autres… On dit qu’il faut tout de suite remonter après une chute de cheval…











