“Gardarem lou garnison”*

L’armée française se repliera en bon ordre et avec discipline sur les bases jugées stratégiques. Comme on le savait, 83 sites sont abandonnés, dont quelques-uns en région Centre. Trente-cinq ans après le Larzac et ses manifestations anti-militaristes, la France pleure ses garnisons.

Les temps changent. Dans les années 70, tout ce que la France comptait de militants occitans, pacifistes ou libertaires luttait, au cri de “Gardarem lou Larzac”, pour sauver le plateau aveyronnais des visées expansionnistes de l’armée. Il faudra attendre 1981 et l’arrivée à l’Elysée de François Mitterrand pour que le projet d’extension du camp militaire soit définitivement abandonné.
Aujourd’hui, toute la France pleure la fermeture de ses garnisons et de ses bases aériennes. Dans un concert de lamentations – auquel échappe le maire de Chartres Jean-Pierre Gorges, plutôt satisfait de voir la soldatesque quitter son territoire et libérer une emprise foncière – le ministre de la Défense a dévoilé la nouvelle carte militaire du pays où, à l’exception notable de Châteauroux, la région Centre est plutôt épargnée.
L’armée rend d’un coup à Bourges ce que les industries de la Défense lui enlèvent depuis une vingtaine d’années. La ville gagne un millier de postes avec l’Ecole de la logistique et du train (ELT), transférée de Tours avec ses 340 militaires et ses 110 élèves, qui rejoindront dès l’an prochain le site de l’Ecole supérieure d’application du matériel (Esam). En prime, les rangs de l’ETBS de Bourges seront grossis des 458 personnes de la section technique de l’armée de terre de Satory-Versailles (2012) et de celles de l’Etas d’Angers. Quant à la BA d’Avord, elle est confortée.
Autre bénéficiaire, le Loiret qui, comme annoncé, verra la BA 123 de Bricy consolidée avec l’arrivée de 440 militaires de l’armée de l’air d’ici à 2014 : elle sera, selon le ministère, la seule base française à accueillir l’Airbus A400M, successeur du Transall. La direction centrale du service national sera rapatriée en terre orléanaise d’ici à 2011, avec 162 personnes : Orléans bénéficiera aussi probablement de la fermeture, à la même date, du centre du service national de Tours (77 agents actuellement). Le service des archives médicales de Limoges arrivera à la même époque : il sera installé sur le site de la Pharmacie centrale des armées, à Chanteau, près d’Orléans.
Le 6-12e Régiment des cuirassiers d’Olivet sera finalement maintenu sur place, en dépit d’une réduction de 80 à 60 du nombre de ses chars. Orléans va perdre l’état-major de la 2e Brigade blindée et sa compagnie de commandement et de transmission : ses 193 soldats partiront à Strasbourg dans les deux ans. D’ici à 2011, la 785e Compagnie de guerre électronique et ses 110 hommes seront mutés à St- Jacques-de-la-Lande, en banlieue de Rennes, agglomération qu’ils avaient quittée en 1981 pour s’installer à Orléans.
A la 12e base de soutien du matériel (BSMAT) de Gien (45), 66 postes vont être supprimés. Ce détachement dépend de l’établissement de Neuvy-Pailloux (36), comme ceux de Nouâtre (37) et de Salbris (41). L’ensemble fera probablement l’objet d’une remise en question d’ici à 2013 : en attendant, Neuvy-Pailloux va perdre 19 de ses 30 militaires et 31 de ses 320 postes civils, tandis que Nouâtre, spécialisé dans la maintenance électronique, gagnera 17 postes. Châteauroux perd le 517e régiment du train, ce qui était prévu. La seule bonne nouvelle est que le transfert des 966 hommes ne débutera pas avant 2012 pour s’achever en 2014. L’Indre perd aussi les 78 personnes du détachement des écoles de la logistique et du train qui partiront à Castelsarrasin après 2011. L’Eure-et-Loir sera privée de l’établissement central de ravitaillement sanitaire (ECRS) de Chartres, qui emploie 120 militaires et une dizaine de civils, mais sauve la BA 279 de Châteaudun, son millier de militaires et ses 160 civils, qui sera désormais rattachée à celle de Bricy. Le détachement Air 273 de Pruniers-en-Sologne (41) est également conservé, avec la promesse d’un effectif renforcé d’une centaine de personnes à l’horizon 2013. Elles appuieront un dispositif de 401 militaires et 220 civils.
Si Tours perd son Ecole de la logistique et du train au profit de Bourges et voit les effectifs de l’Etablissement du génie réduits de 70 personnes, elle conserve son école de chasse, fleuron de la base aérienne 705. Du moins pour l’instant, car en 2018, la formation des pilotes se fera probablement ailleurs. L’armée de l’air a également décidé de fermer son entrepôt de Cinq-Mars-la-Pile : 113 postes seront supprimés, sans que l’on sache encore à quelle date, mais le site continuera d’abriter 250 personnes affectées au contrôle aérien.
La contrepartie n’est pas négligeable : la cité tourangelle devient une place forte de l’administration militaire. En plus de l’arrivée des 250 personnes de la DRH et de l’administration générale de l’armée de l’air à la BA 705, déjà annoncée et programmée pour 2010 (cf. LV n°464), la DRH de l’armée de terre sera regroupée, d’ici à 2011, sur le site de la caserne Baraguey d’Hilliers, au centre-ville, où est déjà installé l’état-major du commandement de la formation de l’armée de terre (Cofat) : au total, ce sont 700 personnes qui rejoindront la ville.

*“Nous garderons la garnison” (en traduction libre de l’occitan).
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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