La confirmation de la venue d’Ikea à Tours pourrait être une bonne nouvelle. Mais le choix discutable du site d’implantation du magasin ternit l’annonce triomphale du maire de la ville et président de la communauté d’agglomération. Quand les maladresses et les querelles de personnes se substituent à la logique...
Objet de toutes les convoitises, le spécialiste de l’équipement de la maison Ikea a donc préféré Tours à la commune banlieusarde de Chambray, où l’on préparait pourtant sa venue depuis les premiers contacts noués en 2002. Si le dossier passe les différents obstacles administratifs qui se dressent devant sa route (CDEC puis – éventuellement – CNEC, études d’impact et enquêtes publiques nécessaires à la création de nouvelles voiries...), Tours aura donc son magasin Ikea de 20 000 m2 à la Noël 2007. La direction du groupe suédois précise que de ce projet découleront la création de 250 à 260 emplois directs, d’une quarantaine d’emplois indirects et 40 M€ d’investissements. Cette annonce met fin à une longue période d’incertitude et à un combat des chefs que nous avions été les premiers à révéler (“Chambray se préoccupe de l'ancien Rallye”, à la page 7 de LV n°411 du 27 juillet dernier). Pour autant, tout est-il vraiment réglé ?
Le choix du terrain, une bande de terre de 6 ha coincée entre le Cher, l’autoroute A 10, le parc des expositions de Rochepinard et le centre commercial des Atlantes, est hautement discutable. Certes, le maire de Tours évoque une nouvelle voirie et “des aménagements routiers sur l’autoroute A 10” pour faciliter l’accès d’un magasin qui attirera quotidiennement plus de 30 000 visiteurs, soit l’équivalent de deux hypermarchés. Mais selon les premières estimations, des infrastructures de ce type – qui doivent au préalable recueillir l’avis favorable de Cofiroute et des propriétaires de terrain concernés – multiplient par quatre ou cinq le coût supporté par la collectivité par rapport au projet chambraysien. Celui-ci, qui prévoyait le réaménagement des entrées sud et ouest de la zone commerciale de la Vrillonnerie – la principale de l’agglomération tourangelle, avec un hypermarché Auchan et de nombreuses GMS – ainsi que la création d’un pont au-dessus de l’A 10 et des équipements divers, entraînait pour Tour(s)Plus une dépense d’environ 1,5 M€. L’implantation d’Ikea sur le site de Tours-Rochepinard génèrera un coût bien supérieur, sans doute proche de 8 M€. Des incertitudes routières L’impact des flux très importants de circulation sur l’environnement immédiat du site et sur le centreville ne semble pas avoir fait l’objet d’études détaillées ou alors fort discrètes. On est en droit de douter de la faisabilité de deux nouveaux diffuseurs de l’A 10 (une sortie en provenance de Poitiers, doublée d’une entrée en direction de Poitiers), pourtant nécessaires, et d’une fluidité suffisante de la circulation au pic du trafic, notamment en semaine aux alentours de 18 h et les samedis. Au-delà de ces réserves, les maladresses et le jeu en eau trouble mené par des acteurs politiques – issus de la même famille – expliquent cette volte-face.
Le projet d’implantation à Chambray-lès-Tours, au coeur d’une des zones les plus attractives de la région, aurait été, sans nul doute, le meilleur choix pour Ikea. Mais, menée en dépit du bon sens, la négociation avec les propriétaires des terrains de la Baraudière menaçait de capoter... à moins de recourir à une procédure de déclaration d’utilité publique (DUP) qui aurait encore retardé le projet. Et l’opposition d’une partie de la majorité – notamment le groupe Verts – du maire de Chambray-lès-Tours n’a pas aidé ce dernier à débloquer la situation. L’inimitié grandissante entre les maires socialistes de Tours et de Chambray-lès-Tours a fait le reste. Dès le printemps, en voyage en Chine, Jean Germain confiait à des oreilles attentives qu’il avait proposé le site de Rochepinard à Ikea, coupant ainsi l’herbe sous le pied de son voisin de banlieue. A sa décharge, le maire de Tours craignait fort de voir s’envoler une implantation à fort bénéfice politique... et fiscal ; il a donc préféré prendre les devants et proposer à Ikea une solution alternative lui permettant de tirer un joli feu d’artifice, misant sur une inauguration en fanfare trois mois avant la fin de son deuxième mandat. Jean Germain tente bel et bien un coup politique, au moment où beaucoup commencent à déplorer son immobilisme. Le projet de transport en site propre n’avance pas et celui de complexe commercial dans le quartier des Deux-Lions est remis en cause par le recours du préfet en CNEC. Enfin, l’étoile montante du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, ne cesse de faire pâlir celle du maire de Tours, son futur adversaire des municipales de 2008. Il fallait bien le secours des marchands suédois pour l’aider à refaire surface.
Objet de toutes les convoitises, le spécialiste de l’équipement de la maison Ikea a donc préféré Tours à la commune banlieusarde de Chambray, où l’on préparait pourtant sa venue depuis les premiers contacts noués en 2002. Si le dossier passe les différents obstacles administratifs qui se dressent devant sa route (CDEC puis – éventuellement – CNEC, études d’impact et enquêtes publiques nécessaires à la création de nouvelles voiries...), Tours aura donc son magasin Ikea de 20 000 m2 à la Noël 2007. La direction du groupe suédois précise que de ce projet découleront la création de 250 à 260 emplois directs, d’une quarantaine d’emplois indirects et 40 M€ d’investissements. Cette annonce met fin à une longue période d’incertitude et à un combat des chefs que nous avions été les premiers à révéler (“Chambray se préoccupe de l'ancien Rallye”, à la page 7 de LV n°411 du 27 juillet dernier). Pour autant, tout est-il vraiment réglé ?
Le choix du terrain, une bande de terre de 6 ha coincée entre le Cher, l’autoroute A 10, le parc des expositions de Rochepinard et le centre commercial des Atlantes, est hautement discutable. Certes, le maire de Tours évoque une nouvelle voirie et “des aménagements routiers sur l’autoroute A 10” pour faciliter l’accès d’un magasin qui attirera quotidiennement plus de 30 000 visiteurs, soit l’équivalent de deux hypermarchés. Mais selon les premières estimations, des infrastructures de ce type – qui doivent au préalable recueillir l’avis favorable de Cofiroute et des propriétaires de terrain concernés – multiplient par quatre ou cinq le coût supporté par la collectivité par rapport au projet chambraysien. Celui-ci, qui prévoyait le réaménagement des entrées sud et ouest de la zone commerciale de la Vrillonnerie – la principale de l’agglomération tourangelle, avec un hypermarché Auchan et de nombreuses GMS – ainsi que la création d’un pont au-dessus de l’A 10 et des équipements divers, entraînait pour Tour(s)Plus une dépense d’environ 1,5 M€. L’implantation d’Ikea sur le site de Tours-Rochepinard génèrera un coût bien supérieur, sans doute proche de 8 M€. Des incertitudes routières L’impact des flux très importants de circulation sur l’environnement immédiat du site et sur le centreville ne semble pas avoir fait l’objet d’études détaillées ou alors fort discrètes. On est en droit de douter de la faisabilité de deux nouveaux diffuseurs de l’A 10 (une sortie en provenance de Poitiers, doublée d’une entrée en direction de Poitiers), pourtant nécessaires, et d’une fluidité suffisante de la circulation au pic du trafic, notamment en semaine aux alentours de 18 h et les samedis. Au-delà de ces réserves, les maladresses et le jeu en eau trouble mené par des acteurs politiques – issus de la même famille – expliquent cette volte-face.
Le projet d’implantation à Chambray-lès-Tours, au coeur d’une des zones les plus attractives de la région, aurait été, sans nul doute, le meilleur choix pour Ikea. Mais, menée en dépit du bon sens, la négociation avec les propriétaires des terrains de la Baraudière menaçait de capoter... à moins de recourir à une procédure de déclaration d’utilité publique (DUP) qui aurait encore retardé le projet. Et l’opposition d’une partie de la majorité – notamment le groupe Verts – du maire de Chambray-lès-Tours n’a pas aidé ce dernier à débloquer la situation. L’inimitié grandissante entre les maires socialistes de Tours et de Chambray-lès-Tours a fait le reste. Dès le printemps, en voyage en Chine, Jean Germain confiait à des oreilles attentives qu’il avait proposé le site de Rochepinard à Ikea, coupant ainsi l’herbe sous le pied de son voisin de banlieue. A sa décharge, le maire de Tours craignait fort de voir s’envoler une implantation à fort bénéfice politique... et fiscal ; il a donc préféré prendre les devants et proposer à Ikea une solution alternative lui permettant de tirer un joli feu d’artifice, misant sur une inauguration en fanfare trois mois avant la fin de son deuxième mandat. Jean Germain tente bel et bien un coup politique, au moment où beaucoup commencent à déplorer son immobilisme. Le projet de transport en site propre n’avance pas et celui de complexe commercial dans le quartier des Deux-Lions est remis en cause par le recours du préfet en CNEC. Enfin, l’étoile montante du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, ne cesse de faire pâlir celle du maire de Tours, son futur adversaire des municipales de 2008. Il fallait bien le secours des marchands suédois pour l’aider à refaire surface.









