En région Centre, la Fédération française du Bâtiment (FFB) a décidé de jouer une carte personnelle dans quatre des six élections destinées à renouveler les assemblées de chambres de Métiers. En Eure-et- Loir et dans le Loiret, la consigne nationale a conduit à la chute des présidents sortants, tous les deux membres de l’Union professionnelle artisanale (UPA).
Les dernières élections au sein des chambres de Métiers ont fait voler en éclats l’unanimisme qui prévalait jusqu’alors. Dans quatre des six chambres de la région Centre, la Fédération française du Bâtiment (FFB) a décidé d’affronter l’Union professionnelle artisanale (UPA) avec laquelle elle avait pourtant pris l’habitude de faire cause commune. “C’est aussi la contestation d’un ordre établi, la mise en cause d’une certaine notabilité des élus qui avaient parfois perdu le contact avec le terrain” suggère un bon connaisseur des milieux consulaires. Les listes FFB ont souvent bénéficié de l’appui de la CGPME, obligée de se retirer du scrutin après que le Conseil d’Etat eut annulé un arrêté l’autorisant à présenter des listes électorales. On évoque aussi l’influence de l’UIMM – la métallurgie est bien représentée dans le milieu de l’artisanat – et du Medef, qui auraient discrètement soutenu les putschistes dans quelques départements, et même celle… du gouvernement actuel, irrité par les relations bilatérales qu’avait nouées le président national de l’UPA avec le gouvernement Jospin. Au coeur de la discorde : l’accord sur les 35 h pour les entreprises de moins de 10 salariés, signé en 1999 par le président de la Capeb-UPA, auquel s’est ajouté un second texte, fortement controversé, aboutissant à l’instauration d’une taxe supplémentaire.
Pouvoir solidaire
L’offensive de la FFB, engagée sur le plan national, a produit des effets spectaculaires en région Centre. Ainsi, en Eure-et-Loir, l’inamovible Michel Teilleux (UPA), artisan du bâtiment à Chartres et président en place depuis 19 ans, a été déboulonné par Michel Cibois, maçon à St-Prest et représentant local de la FFB. Cette dernière a remporté 18 des 36 sièges d’administrateur devant l’UPA (16 sièges) et… le Cidunati (2 sièges) qui présentait une liste indépendante. Si l’existence de cette troisième liste protestataire a contribué à faire chuter l’ancien bureau, la poussée électorale de la FFB et l’accroissement consécutif de sa représentativité ne sont pas contestables en Eure-et-Loir. Des facteurs locaux expliquent aussi le phénomène. “La pratique solitaire du pouvoir de Michel Teilleux a agacé les artisans” relève un observateur local. En outre, sa casquette politique – Michel Teilleux est le vice-président de la Communauté d’agglomération de Chartres et un proche du maire UMP Jean- Pierre Gorges – a semblé, à l’usage, peu compatible avec son mandat consulaire. “On ne peut pas représenter le lundi les artisans et aller, le samedi, inaugurer un Brico Dépôt” lâche un opposant à l’exprésident de la chambre de Métiers d’Eure-et-Loir. Preuve de cette désaffection des artisans pour l’institution, la chute du taux de participation qui tombe de 28,6 % en 1999 à 23,7 % en 2005.
Le Loiret bascule, le Cher de justesse
Révolution aussi dans le Loiret où Roger Aguiton, président sortant soutenu par l’UPA, a été battu par Dominique Rouet, un menuisier-charpentier de Neuville-aux-Bois. Mêmes causes et mêmes effets que dans le département voisin, mais Dominique Rouet a toutefois publiquement reconnu “le travail qui a été fait par l’équipe précédente”. Dans le Cher, Philippe Girard (UPA), peintre en bâtiment à Bourges et président sortant – il est également président régional – l’a finalement emporté face à la liste FFB de Michel Rivière, un électricien de Mehun-sur-Yèvre, qui a réussi à s’emparer de 9 des 36 sièges à pourvoir : 3 ont été arrachés de haute lutte dans la catégorie alimentation, 6 dans le collège des organisations professionnelles (OP). En Indre-et-Loire, où la FFB avait aussi décidé de jouer en solo en dépit des appels à l’unité du président Jean-Vincent Boussiquet (UPA), l’organisation dissidente a emporté 5 des 12 sièges à pourvoir dans le collège des OP où le scrutin s’effectue à la proportionnelle. En revanche, l’UPA a fait carton plein (24 sièges sur 24) dans le collège des activités. Avec 31 sièges sur 36, Jean-Vincent Boussiquet, qui briguait un second mandat, a donc été réélu. Cela ne l’empêche pas d’avoir entendu le message “5 sur 5” et de revendiquer “un second mandat plus offensif”, histoire de ne pas laisser trop d’espace à Bernard Hibert, le patron de la menuiserie jocondienne Hibert-Champigny qui menait la liste FFB. Dans l’Indre et le Loir-et- Cher, la sérénité a prévalu puisque, dans les deux cas, FFB et UPA s’étaient entendues avant les élections. A Châteauroux, la liste unique conduite par le sortant Pierre Petitguillaume (UPA), garagiste à Ceaulmont, a reçu un bon accueil: l’Indre peut en effet se prévaloir d’un taux de participation en forte hausse (40,63 %), le sixième au plan national. Un résultat à contre-courant des cinq autres départements régionaux, qui ont tous vu la participation de leurs ressortissants baisser par rapport au scrutin de 1999. Jean-Paul Marchaud, boulanger-pâtissier à Blois, va entamer son troisième mandat à la tête de la chambre de Loir-et-Cher. La CGPME et la FFB se sont rangées sans barguigner derrière l’UPA après avoir négocié “très en amont des élections” nous signalet- on. Des vertus du dialogue… Apaisées, ces deux chambres en ont profité pour féminiser les exécutifs. A Blois, on compte désormais 4 femmes parmi les 10 membres du bureau. Agnès de Freitas, conjointe d’un artisan membre de la FFB, fait ainsi son entrée comme deuxième secrétaire adjoint. Le 18 avril, l’élection du nouveau président régional devrait sourire à l’UPA qui conserve la majorité au sein du collège électoral. Il faudra toutefois trouver un successeur à Philippe Girard, celui-ci ayant décidé de ne pas briguer de nouveau mandat.
Jean-Christophe Savattier et François-Xavier Beuzon
Les dernières élections au sein des chambres de Métiers ont fait voler en éclats l’unanimisme qui prévalait jusqu’alors. Dans quatre des six chambres de la région Centre, la Fédération française du Bâtiment (FFB) a décidé d’affronter l’Union professionnelle artisanale (UPA) avec laquelle elle avait pourtant pris l’habitude de faire cause commune. “C’est aussi la contestation d’un ordre établi, la mise en cause d’une certaine notabilité des élus qui avaient parfois perdu le contact avec le terrain” suggère un bon connaisseur des milieux consulaires. Les listes FFB ont souvent bénéficié de l’appui de la CGPME, obligée de se retirer du scrutin après que le Conseil d’Etat eut annulé un arrêté l’autorisant à présenter des listes électorales. On évoque aussi l’influence de l’UIMM – la métallurgie est bien représentée dans le milieu de l’artisanat – et du Medef, qui auraient discrètement soutenu les putschistes dans quelques départements, et même celle… du gouvernement actuel, irrité par les relations bilatérales qu’avait nouées le président national de l’UPA avec le gouvernement Jospin. Au coeur de la discorde : l’accord sur les 35 h pour les entreprises de moins de 10 salariés, signé en 1999 par le président de la Capeb-UPA, auquel s’est ajouté un second texte, fortement controversé, aboutissant à l’instauration d’une taxe supplémentaire.
Pouvoir solidaire
L’offensive de la FFB, engagée sur le plan national, a produit des effets spectaculaires en région Centre. Ainsi, en Eure-et-Loir, l’inamovible Michel Teilleux (UPA), artisan du bâtiment à Chartres et président en place depuis 19 ans, a été déboulonné par Michel Cibois, maçon à St-Prest et représentant local de la FFB. Cette dernière a remporté 18 des 36 sièges d’administrateur devant l’UPA (16 sièges) et… le Cidunati (2 sièges) qui présentait une liste indépendante. Si l’existence de cette troisième liste protestataire a contribué à faire chuter l’ancien bureau, la poussée électorale de la FFB et l’accroissement consécutif de sa représentativité ne sont pas contestables en Eure-et-Loir. Des facteurs locaux expliquent aussi le phénomène. “La pratique solitaire du pouvoir de Michel Teilleux a agacé les artisans” relève un observateur local. En outre, sa casquette politique – Michel Teilleux est le vice-président de la Communauté d’agglomération de Chartres et un proche du maire UMP Jean- Pierre Gorges – a semblé, à l’usage, peu compatible avec son mandat consulaire. “On ne peut pas représenter le lundi les artisans et aller, le samedi, inaugurer un Brico Dépôt” lâche un opposant à l’exprésident de la chambre de Métiers d’Eure-et-Loir. Preuve de cette désaffection des artisans pour l’institution, la chute du taux de participation qui tombe de 28,6 % en 1999 à 23,7 % en 2005.
Le Loiret bascule, le Cher de justesse
Révolution aussi dans le Loiret où Roger Aguiton, président sortant soutenu par l’UPA, a été battu par Dominique Rouet, un menuisier-charpentier de Neuville-aux-Bois. Mêmes causes et mêmes effets que dans le département voisin, mais Dominique Rouet a toutefois publiquement reconnu “le travail qui a été fait par l’équipe précédente”. Dans le Cher, Philippe Girard (UPA), peintre en bâtiment à Bourges et président sortant – il est également président régional – l’a finalement emporté face à la liste FFB de Michel Rivière, un électricien de Mehun-sur-Yèvre, qui a réussi à s’emparer de 9 des 36 sièges à pourvoir : 3 ont été arrachés de haute lutte dans la catégorie alimentation, 6 dans le collège des organisations professionnelles (OP). En Indre-et-Loire, où la FFB avait aussi décidé de jouer en solo en dépit des appels à l’unité du président Jean-Vincent Boussiquet (UPA), l’organisation dissidente a emporté 5 des 12 sièges à pourvoir dans le collège des OP où le scrutin s’effectue à la proportionnelle. En revanche, l’UPA a fait carton plein (24 sièges sur 24) dans le collège des activités. Avec 31 sièges sur 36, Jean-Vincent Boussiquet, qui briguait un second mandat, a donc été réélu. Cela ne l’empêche pas d’avoir entendu le message “5 sur 5” et de revendiquer “un second mandat plus offensif”, histoire de ne pas laisser trop d’espace à Bernard Hibert, le patron de la menuiserie jocondienne Hibert-Champigny qui menait la liste FFB. Dans l’Indre et le Loir-et- Cher, la sérénité a prévalu puisque, dans les deux cas, FFB et UPA s’étaient entendues avant les élections. A Châteauroux, la liste unique conduite par le sortant Pierre Petitguillaume (UPA), garagiste à Ceaulmont, a reçu un bon accueil: l’Indre peut en effet se prévaloir d’un taux de participation en forte hausse (40,63 %), le sixième au plan national. Un résultat à contre-courant des cinq autres départements régionaux, qui ont tous vu la participation de leurs ressortissants baisser par rapport au scrutin de 1999. Jean-Paul Marchaud, boulanger-pâtissier à Blois, va entamer son troisième mandat à la tête de la chambre de Loir-et-Cher. La CGPME et la FFB se sont rangées sans barguigner derrière l’UPA après avoir négocié “très en amont des élections” nous signalet- on. Des vertus du dialogue… Apaisées, ces deux chambres en ont profité pour féminiser les exécutifs. A Blois, on compte désormais 4 femmes parmi les 10 membres du bureau. Agnès de Freitas, conjointe d’un artisan membre de la FFB, fait ainsi son entrée comme deuxième secrétaire adjoint. Le 18 avril, l’élection du nouveau président régional devrait sourire à l’UPA qui conserve la majorité au sein du collège électoral. Il faudra toutefois trouver un successeur à Philippe Girard, celui-ci ayant décidé de ne pas briguer de nouveau mandat.
Jean-Christophe Savattier et François-Xavier Beuzon









