Frappée par la hausse du prix des matières premières, la baisse des immatriculations et les délocalisations vers les pays low cost, la filière automobile régionale, qui emploie environ 40 000 salariés, pourrait connaître une véritable hémorragie en 2007.
La filière automobile est près de la sortie de route. Depuis le début de l’année, les plans sociaux et les fermetures de sites se succèdent sur les grands bassins d’emploi industriels où l’automobile joue un rôle structurant, parfois vital compte tenu de son impact sur l’ensemble de la chaîne sous-traitante. Selon la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV), près de 10 000 emplois auraient été supprimés depuis janvier 2007 dans le secteur, portant le nombre de salariés employés par les équipementiers à moins de 125 000. Et la liste des sinistres devrait encore s’allonger ! La région Centre ne fait malheureusement pas exception. “On va de carton en carton, se lamente cet équipementier implanté dans le Cher. Il y a un véritable effet domino”. “J’estime que près du tiers des entreprises de la filière sont structurellement déficitaires, corrobore Gérard Glévarec, chef de projet à la Chambre régionale de commerce et d’industrie (CRCI) du Centre, et plusieurs centaines d’emplois sont aujourd’hui sur la sellette”. La situation est d’autant plus préoccupante que l’automobile, avec ses 40 000 salariés (20 % des effectifs de l’industrie) et un CA de 6 Mds€, constitue la première filière industrielle régionale. Ainsi, en Eure-et-Loir, qui a déjà payé un lourd tribut aux difficultés du secteur, l’usine chartraine du groupe Maflow (ex-Manuli), qui emploie 420 personnes en CDI à la fabrication de flexibles et de tuyauteries destinés aux systèmes d’air conditionné et aux moteurs, va engager une sévère purge en 2007: “Dès le début de l’année, nous allons proposer la suppression d’une centaine de postes” nous confirme la direction. Et il y a gros à parier qu’en 2008, “l’entreprise supprime un nombre équivalent d’emplois” avance- t-on côté syndical. A moins que quelques contrats providentiels ne viennent, dans l’intervalle, accroître la charge “qui, depuis 2004, a diminué de près de 20 % chaque année” souligne la direction de l’usine chartraine qui travaille essentiellement pour Renault et PSA.
Nacam ferme en Espagne
La tonalité n’est guère plus réjouissante chez l’équipementier britannique Wagon, qui s’est offert en mars dernier Oxford Automotive, un spécialiste des pièces de structure qui exploite trois unités en France : Douai (59), Orbec (14) et St-Florent-sur- Cher (18). La direction vient tout juste d’annoncer la suppression de 134 postes dans le Cher, une unité de 220 salariés qui avait déjà beaucoup souffert de la fermeture de Matra Automobile à Romorantin. Idem pour l’équipementier ThyssenKrupp Sofedit, à Amilly (45), où près de 120 suppressions de poste sont prévues en 2007 en raison d’une importante baisse de charge. L’usine de la banlieue de Montargis, qui s’est déjà séparée d’une soixantaine de salariés début 2006, emploie 630 personnes, dont 580 en CDI. Et l’avenir n’est pas rose pour ce site, dont la productivité est jugée insuffisante par ses propriétaires allemands. Pour garantir son avenir, il est nécessaire de doter l’usine de nouvelles machines automatisées de découpe-emboutissage : un investissement d’au moins 10 M€. Une fermeture serait ressentie comme un véritable séisme dans cette partie orientale du Loiret qui a vu déjà disparaître, il y a quelques mois, le centre de développement de Faurecia à Nogent-sur-Vernisson, entraînant la suppression de 162 postes. Certains équipementiers régionaux ne parviennent à maintenir la charge et leurs effectifs qu’à la faveur de transfert de charge provenant d’autres unités du même groupe. Le bonheur des uns… C’est notamment le cas de Nacam à Vendôme (41), une usine spécialisée dans la fabrication de colonnes de direction. Selon nos sources, cet établissement d’environ 680 salariés, dont une soixantaine d’intérimaires, devrait préserver l’activité de manière artificielle grâce à l’apport de charge d’une unité espagnole qui doit être prochainement fermée. Il s’agit de l’usine Nacam Iberica de Sant Boi de Llobregat, près de Barcelone, qui emploie 160 salariés. La baisse des immatriculations ou la hausse des matières premières ne constituent que des éléments partiels d’explication de la crise. “Cette industrie est une industrie cyclique et les sous-traitants savent s’adapter aux variations de charge” explique ainsi Gérard Glévarec. Le regain de pression sur les prix imposée par les donneurs d’ordre et l’attractivité des pays low cost, surtout ceux des PECO, constituent aujourd’hui des périls bien plus redoutables. Afin d’éviter l’asphyxie définitive de la filière, les pouvoirs publics tentent de réagir. Dominique de Villepin, après avoir reçu les équipementiers, les sous-traitants, puis les donneurs d’ordre, a annoncé un plan de sauvegarde. Les acteurs ont jusqu’au 15 janvier pour s’entendre sur la réduction des délais de paiement “qui minent les PMI du secteur, surtout les plus petites d’entre elles”. Faute de quoi, le Premier ministre fera usage de la loi. “Ce discours convenu serat- il suivi d’effet ? s’interroge un sous-traitant. On nous ressort le même discours à chaque crise mais les grands donneurs d’ordre ont toute latitude pour imposer leurs diktats”. La Région semble, elle aussi, tout à fait consciente des enjeux. Jean-Louis Garcia, son directeur en charge de l’innovation, de l’économie et de l’emploi, indique que ses services “travaillent à la mise en place d’une offre de formation spécifique”, destinée “à aider les sous-traitants et leurs salariés à élever leur niveau de compétence ou migrer vers d’autres spécialités”. Ces bonnes intentions pourront-elles faire barrage à la véritable lame de fond qui déferle sur le secteur ?
La filière automobile est près de la sortie de route. Depuis le début de l’année, les plans sociaux et les fermetures de sites se succèdent sur les grands bassins d’emploi industriels où l’automobile joue un rôle structurant, parfois vital compte tenu de son impact sur l’ensemble de la chaîne sous-traitante. Selon la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV), près de 10 000 emplois auraient été supprimés depuis janvier 2007 dans le secteur, portant le nombre de salariés employés par les équipementiers à moins de 125 000. Et la liste des sinistres devrait encore s’allonger ! La région Centre ne fait malheureusement pas exception. “On va de carton en carton, se lamente cet équipementier implanté dans le Cher. Il y a un véritable effet domino”. “J’estime que près du tiers des entreprises de la filière sont structurellement déficitaires, corrobore Gérard Glévarec, chef de projet à la Chambre régionale de commerce et d’industrie (CRCI) du Centre, et plusieurs centaines d’emplois sont aujourd’hui sur la sellette”. La situation est d’autant plus préoccupante que l’automobile, avec ses 40 000 salariés (20 % des effectifs de l’industrie) et un CA de 6 Mds€, constitue la première filière industrielle régionale. Ainsi, en Eure-et-Loir, qui a déjà payé un lourd tribut aux difficultés du secteur, l’usine chartraine du groupe Maflow (ex-Manuli), qui emploie 420 personnes en CDI à la fabrication de flexibles et de tuyauteries destinés aux systèmes d’air conditionné et aux moteurs, va engager une sévère purge en 2007: “Dès le début de l’année, nous allons proposer la suppression d’une centaine de postes” nous confirme la direction. Et il y a gros à parier qu’en 2008, “l’entreprise supprime un nombre équivalent d’emplois” avance- t-on côté syndical. A moins que quelques contrats providentiels ne viennent, dans l’intervalle, accroître la charge “qui, depuis 2004, a diminué de près de 20 % chaque année” souligne la direction de l’usine chartraine qui travaille essentiellement pour Renault et PSA.
Nacam ferme en Espagne
La tonalité n’est guère plus réjouissante chez l’équipementier britannique Wagon, qui s’est offert en mars dernier Oxford Automotive, un spécialiste des pièces de structure qui exploite trois unités en France : Douai (59), Orbec (14) et St-Florent-sur- Cher (18). La direction vient tout juste d’annoncer la suppression de 134 postes dans le Cher, une unité de 220 salariés qui avait déjà beaucoup souffert de la fermeture de Matra Automobile à Romorantin. Idem pour l’équipementier ThyssenKrupp Sofedit, à Amilly (45), où près de 120 suppressions de poste sont prévues en 2007 en raison d’une importante baisse de charge. L’usine de la banlieue de Montargis, qui s’est déjà séparée d’une soixantaine de salariés début 2006, emploie 630 personnes, dont 580 en CDI. Et l’avenir n’est pas rose pour ce site, dont la productivité est jugée insuffisante par ses propriétaires allemands. Pour garantir son avenir, il est nécessaire de doter l’usine de nouvelles machines automatisées de découpe-emboutissage : un investissement d’au moins 10 M€. Une fermeture serait ressentie comme un véritable séisme dans cette partie orientale du Loiret qui a vu déjà disparaître, il y a quelques mois, le centre de développement de Faurecia à Nogent-sur-Vernisson, entraînant la suppression de 162 postes. Certains équipementiers régionaux ne parviennent à maintenir la charge et leurs effectifs qu’à la faveur de transfert de charge provenant d’autres unités du même groupe. Le bonheur des uns… C’est notamment le cas de Nacam à Vendôme (41), une usine spécialisée dans la fabrication de colonnes de direction. Selon nos sources, cet établissement d’environ 680 salariés, dont une soixantaine d’intérimaires, devrait préserver l’activité de manière artificielle grâce à l’apport de charge d’une unité espagnole qui doit être prochainement fermée. Il s’agit de l’usine Nacam Iberica de Sant Boi de Llobregat, près de Barcelone, qui emploie 160 salariés. La baisse des immatriculations ou la hausse des matières premières ne constituent que des éléments partiels d’explication de la crise. “Cette industrie est une industrie cyclique et les sous-traitants savent s’adapter aux variations de charge” explique ainsi Gérard Glévarec. Le regain de pression sur les prix imposée par les donneurs d’ordre et l’attractivité des pays low cost, surtout ceux des PECO, constituent aujourd’hui des périls bien plus redoutables. Afin d’éviter l’asphyxie définitive de la filière, les pouvoirs publics tentent de réagir. Dominique de Villepin, après avoir reçu les équipementiers, les sous-traitants, puis les donneurs d’ordre, a annoncé un plan de sauvegarde. Les acteurs ont jusqu’au 15 janvier pour s’entendre sur la réduction des délais de paiement “qui minent les PMI du secteur, surtout les plus petites d’entre elles”. Faute de quoi, le Premier ministre fera usage de la loi. “Ce discours convenu serat- il suivi d’effet ? s’interroge un sous-traitant. On nous ressort le même discours à chaque crise mais les grands donneurs d’ordre ont toute latitude pour imposer leurs diktats”. La Région semble, elle aussi, tout à fait consciente des enjeux. Jean-Louis Garcia, son directeur en charge de l’innovation, de l’économie et de l’emploi, indique que ses services “travaillent à la mise en place d’une offre de formation spécifique”, destinée “à aider les sous-traitants et leurs salariés à élever leur niveau de compétence ou migrer vers d’autres spécialités”. Ces bonnes intentions pourront-elles faire barrage à la véritable lame de fond qui déferle sur le secteur ?











