Deux millions de Français ont contresigné une pétition en forme de vrai-faux référendum contre une prétendue privatisation de La Poste.
La direction de l’établissement public, qui deviendra société anonyme début 2010, est pourtant formelle. Si La Poste s’adapte, elle reste à 100 % publique et ses missions d’intérêt général sont inchangées.
14-10-09 - Si d’aucuns pouvaient en douter, qu’il nous soit permis de les rassurer : la fameuse question sur la privatisation de La Poste, posée à deux millions de passants, n’avait aucune raison d’être. L’article 1 du projet de loi disposant que « le capital de la société est détenu par l’Etat ou par d’autres personnes morales appartenant au secteur public, à l’exception de la part du capital pouvant être détenue au titre de l’actionnariat des personnels » est pourtant suffisamment clair pour que le soupçon de privatisation puisse être écarté d’emblée, sauf à considérer que l’actionnariat salarié est l’introduction du loup ultra-libéral dans la bergerie administrée.
« Non seulement le projet de loi ne prévoit aucune privatisation, mais il confirme nos missions d’intérêt général» nous indique Christian Micouleau, délégué régional du groupe La Poste pour la région Centre. Dès le début 2010, La Poste devrait donc être une société anonyme détenue à 100 % par l’Etat et la Caisse des Dépôts. Elle deviendra, pour une durée de 15 ans, le prestataire d’un service universel qui devra garantir, entre autres, « l’accessibilité bancaire à tous les citoyens, une distribution du courrier 6 jours sur 7, un prix du timbre unique sur le territoire et le maintien du nombre actuel de points de contacts (bureaux de poste et assimilés) ». On est, en effet, assez loin de Milton Friedman.
Concernant le dernier point, celui qui semble le plus émouvoir les participants à la « votation », le délégué régional est affirmatif : « La région Centre possède 929 points de contacts, dont 534 bureaux de poste. Il n’est pas question d’en réduire le nombre». Tout juste peut-on envisager de transformer des bureaux de poste en agences postales communales, souvent installées dans les locaux de la mairie. Christian Micouleau cite ainsi l’exemple de la commune de Châteauvieux, une bourgade de 566 habitants au sud de St-Aignan-sur-Cher (41), dont le bureau de poste voit passer… 9 clients par jour en moyenne! « Quel commerce pourrait vivre avec aussi peu de clients ? » interroge notre interlocuteur.
Jointe au téléphone, la secrétaire de mairie nous confirme que la commune est en pourparlers avec La Poste pour que le bureau, qui n’est ouvert que trois après-midi par semaine entre 14 h et 16 h 30, soit transformé en agence hébergée par la municipalité. En d’autres lieux, La Poste a plutôt choisi de s’adosser à un commerçant du cru pour créer « un relais » : il en existe 124 en région Centre. Dans le département de l’Indre, où la densité de population est la plus faible de la région (34 habitants au kilomètre carré), La Poste a maintenu 1 bureau pour 1 849 habitants ; la moyenne nationale est de 1 bureau pour 3 600 habitants.
Il n’en demeure pas moins que l’inquiétude des élus est réelle et, la plupart du temps, sincère. Nombre d’entre eux déplorent la réduction des heures d’ouverture du bureau de La Poste, simple épiphénomène de la désertification des campagnes et de leur paupérisation.
Pour ce qui est de sa contribution à l’aménagement du territoire, La Poste, en dépit d’un endettement de 5,8 Md€ et d’un montant de frais financiers annuels avoisinant les 300 M€, fait pourtant ce qu’elle peut. Pour la seule région Centre, elle a pris part au plan de relance « à hauteur de 10 M€ » relève Christian Micouleau, qui ajoute que son établissement a engagé 22 M€ pour la modernisation du courrier sur les années 2008-2009 et 9 M€ pour la rénovation des bureaux de poste régionaux sur la même période.
« A titre d’exemple, nous avons dépensé 400 000 € pour le bureau principal de Blois et autant à Beaugency » précise le délégué régional, qui souhaite «accélérer le mouvement ». L’an prochain, les travaux de modernisation de la plate-forme de tri d’Ingré, près d’Orléans, devraient être engagés. La Poste étudie aussi la création d’une plate-forme industrielle courrier (PIC), identique à celle ouverte il y a quelques années à Sorigny (37), dans le sud de la région. On parle de Châteauroux.
Le temps presse, car la concurrence sur la distribution du courrier sera totale en 2011. Les 29 milliards « d’objets » adressés chaque année aux 64 millions de Français pourront donc être traités par des compétiteurs performants. Confrontée à ce défi qui menace une branche d’activité représentant 55 % de son CA de 20,8 Md€, La Poste doit aussi investir pour consolider ses deux autres activités, les colis et la banque qui veut se renforcer pour devenir « une banque de détail comme les autres ».
Dans ce contexte, il serait bienvenu d’aider ce géant aux 290 000 employés (deux tiers de fonctionnaires, un tiers de salariés sous contrat) à franchir l’obstacle.








