La région Centre attend la seconde vague des biocarburants

Trop éloignée des grands ports et de leurs plates-formes de stockage, la région Centre n’accueillera aucune des usines de biocarburants annoncées récemment par le Premier ministre. Il lui faudra donc attendre une bonne dizaine d’années et la seconde génération des carburants issus de la biomasse pour espérer la création d’unités de production sur le territoire régional.

En dépit de ses grandes cultures, la région Centre n’a obtenu aucune des usines de bioéthanol et de biodiesel (diester) annoncées récemment par le Premier ministre. Cela ne signifie pas que l’une des principales régions productrices de céréales en Europe se désintéresse du sujet, loin de là. Deux coopératives régionales, Agralys et Epicentre, détiennent en effet 45 % du capital de la future usine de production de bioéthanol de Lillebonne, près du Havre (76), et les champs de blé de Beauce et de Champagne berrichonne fourniront la moitié des 700 000 tonnes de blé qui l’alimenteront. Mais la contribution régionale à l’effort national s’arrêtera là. Si l’approvisionnement en céréales d’une unité de production locale ne constituerait pas un problème eu égard à l’abondance de la ressource, le transport du biocarburant vers les raffineries portuaires et surtout des co-produits pour l’alimentation animale (drêches de blé et tourteaux de colza) vers les grandes zones d’élevage du nord de la France ne permet pas de retour économique satisfaisant. Pourtant, l’enjeu se précise. Dès le 1er janvier 2007, les huiles végétales pures (HVP) pourront être commercialisées comme carburant agricole ; on estime que, sur les 2 millions de tonnes de fioul consommées chaque année par les engins agricoles, 450 000 tonnes de HVP pourraient, à terme, se substituer aux hydrocarbures. Outre les huiles végétales, 500 000 tonnes de biocarburants (80 % de biodiesel – ou EMHV – et 20 % de bio-éthanol – ou/et ETBE) ont été incorporées en 2005 aux 40 millions de tonnes de carburants consommées dans le pays. Les objectifs affichés pour 2008 amèneraient ce total à 3 millions de tonnes, toutes partiellement exonérées de TIP. Cette nouvelle phase nécessite la construction d’une demi-douzaine d’unités de production (3 d’estérification et 3 d’éthanol). Elles seront implantées soit à proximité de ports de mer (Lillebonne, à côté du Havre, Montoir, à côté de Nantes-St-Nazaire, et enfin Bordeaux), soit dans des régions de production mieux desservies par le rail ou les voies navigables (Compiègne, en Picardie, et le Mériot et Bazancourt, toutes deux en Champagne), soit à proximité de sites de production d’hydrocarbures (Lacq, près des gisements pyrénéens de gaz naturel). En attendant, seules les sucreries-distilleries de Toury (28) et d’Artenay (45) continueront à produire de l’éthanol issu de la betterave. Maigre consolation... Il faudra se rabattre sur la deuxième génération des biocarburants, dont la relève est espérée pour le milieu de la prochaine décennie. Aujourd’hui, pour obtenir de l’huile du colza, préalable aux phases de purification et d’estérification qui donnent le biodiesel, on n’utilise que 40 % de la graine, les 60 % restants et la tige étant donc perdus. Demain, toute la biomasse, jusqu’aux ordures ménagères fermentées, pourront servir de matière première : du coup, la proximité de l’Ile-de-France et de ses déchetteries devient un atout. L’absence de co-produits règlera la question du coût de transport. En attendant la mise au point définitive de la filière de transformation (avec une recondensation des gaz de fermentation pour obtenir des molécules liquides proches des hydrocarbures), la transformation en chaleur de la biomasse primaire va être expérimentée par l’usine de déshydratation des pulpes de betterave et de luzerne d’Engenville, à côté de Pithiviers, où des fours seront mis en fonctionnement d’ici à l’été 2007. En théorie, la forêt d’Orléans a la capacité de produire 80 millions de kW/h avec ses 20 000 tonnes de résidus d’exploitation forestière (la combustion de 1 kg de bois procure entre 2 et 4 kW/h). A pouvoir énergétique équivalent, si les 150 000 hectares actuellement en jachère en région Centre étaient remis en culture avec des plantes spécifiques (triticale et miscanthus), les 2 500 000 tonnes de matière sèche végétale récoltées fourniraient 60 % de la consommation régionale d’électricité (16,7 milliards de kW/h en 2005, source RTE). A méditer.
 

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Court répit

L’élection sans surprise de François Hollande à la présidence de la République ouvre une période de relative incertitude jusqu’au 17 juin et l’installation de la prochaine Assemblée.
Mais l’actualité ne laissera pas de répit au nouveau pouvoir. La situation économique intérieure, d’abord, qui menace de se détériorer encore, avec des vagues de licenciement de grande ampleur et les prochaines échéances de la dette (la France devra lever 12 Md€ dans huit jours) ; la situation de l’Union européenne, ensuite, avec les graves menaces d’implosion politique, autant   qu’économiques, qui pèsent sur la Grèce. Jamais, depuis 1958, un nouveau gouvernement n’aura été confronté à autant d’obstacles. Il faudra que François Hollande et son futur Premier ministre montrent de la détermination et une capacité sans faille à maintenir le cap dans la tourmente. Quitte à jeter par dessus du bord certaines promesses qui, on le sait, n’engagent que ceux qui y croient.
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