L’avenir du site berruyer de Michelin suscite la controverse

Michelin s’apprête à supprimer 356 postes de travail à St-Doulchard dont une part sur la base du volontariat. Les syndicats dénoncent la méthode qui cache, selon eux, des licenciements secs déguisés. La direction réfute en évoquant l’avenir d’un site qui se spécialisera dans les pneus d’avions.
A St-Doulchard (18), où se dessine un drastique programme de réduction des effectifs d’une usine qui emploie 815 salariés en CDI, le relatif consensus qui a toujours présidé aux décisions sociales chez Michelin est en passe de voler en éclats. Suite au transfert de l’activité de fabrication des pneus de camionnettes de St-Doulchard vers l’usine de Cholet (49), le n°1 mondial du pneu va en effet supprimer 356 postes de travail d’ici à 2011, ce qui portera à cette date le nombre de salariés à 459. Mais les syndicats ne souhaitent visiblement plus s’en laisser compter. Ils dénoncent tout d'abord une « délocalisation rampante » puisque qu'une partie de la charge doit, en fait, être transférée vers l'usine polonaise d’Olsztyn. « Dans le même temps, nous apprenons que les activités de fabrication de pneus d’avions commerciaux vont être délocalisées vers la Thaïlande. A terme, St-Doulchard ne fabriquerait plus que des pneus de petit format destinés à l’aéronautique militaire » s’étonnent les syndicats. De quoi « émettre de nombreuses réserves quant à la pérennité du site à moyen terme » comme l’aurait suggéré un expert mandaté par les représentants du personnel. « Ce n'est pas exact, rétorque Bertrand Ballarin, le directeur du site berruyer de Michelin. Il se trouve que cette usine polonaise prendra effectivement temporairement le relais de St-Doulchard pendant la phase de transfert mais c'est bien in fine Cholet qui récupèrera la quasi-totalité de la charge (1,3 million de pneus/an).» L’accusation de délocalisation vers la Thaïlande est aussi rejetée par la direction. « De la charge va être répartie entre la Thaïlande et St-Doulchard, mais il n’est pas juste d’affirmer que les plus gros volumes partiront vers l'Asie. Je rappelle tout de même que nous allons doubler les volumes produits à St-Doulchard qui doit devenir le pôle d’excellence mondial de Michelin en matière de fabrication de pneus d’avions de technologie radial. C’est une chance historique ! » corrige Bertrand Ballarin. D’ailleurs, des activités liées aux marchés de l’aéronautique correspondant à une trentaine de postes devraient être prochainement rapatriées de l’usine italienne de Cuneo. Les conditions entourant la réduction des postes sont aussi contestées par les représentants du personnel. Le dispositif prévoit, en effet, 150 départs à la retraite. Pour les 200 autres suppressions, la direction entend recourir à des mutations vers d’autres sites du groupe ou vers des entreprises régionales, mais aussi à des départs accompagnés sur la base du volontariat. « C’est la formule du licenciement à l’amiable chère à la présidente du Medef » s’irrite l’un des responsables syndicaux de l’usine berruyère. Un premier volant de salariés concernés par ces suppressions de postes (84 salariés, hors départs à la retraite) devrait être prochainement rendu public. « Cette accusation de licenciement déguisé est une contre-vérité puisque nous allons proposer à ces 84 personnes près de 300 postes vacants dans d'autres usines du groupe, souligne Bertrand Ballarin. Nous serons, il est vrai, à l'écoute d'éventuels projets personnels. Rien de plus ». La direction souligne aussi le programme d’investissement de 17 M€ qui doit être engagé au profit de l’usine berruyère d’ici à 2011. Mais rien n’y fait ! « C’est exactement, le montant que le groupe a consacré à l’usine depuis quatre ou cinq ans » contestent les syndicats qui fournissent, en comparaison, d’autres chiffres éloquents, notamment l’investissement de 100 M€ que Michelin doit prochainement engager au profit de son usine d’Olsztyn avec 115 emplois à la clé. En revanche, à Joué-lès-Tours (37), où vient de s’achever le transfert des activités poids lourd de l’usine de Poitiers (86), aujourd’hui fermée (cf. LV n° 425), le redéploiement s’est effectué dans un tout autre esprit. Repositionnée sur le haut-de-gamme, l’usine jocondienne se trouve confortée par un programme d’investissement pluriannuel de 150 M€. Les effectifs sont cependant restés stables (1 370 salariés), en dépit de l’arrivée de 150 salariés poitevins. « C’est une obligation si nous voulons préserver la compétitivité du site » nous expliquait le directeur de l’établissement Jacques Cambazar quelques semaines avant d’être appelé à d’autres fonctions par le groupe clermontois.
 

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Panne

Difficile de se montrer optimiste à quelques semaines d’une rentrée qui s’annonce difficile. Comme le suggère notre Une, la croissance française est définitivement en panne, et tranche ainsi avec l’humeur de la plupart des grands pays industriels qui, eux, ont retrouvé de l’allant. Comment pourrait-il en être autrement ? Le durcissement de l’environnement fiscal, l’impact catastrophique de la loi Alur sur l’immobilier et la construction, l’illisible pacte de responsabilité honni par une partie de la majorité, corsètent l’économie française. Pour retrouver une trajectoire de croissance, il n’y a pas d’autre choix que de tourner le dos aux dogmes rancis de l’exception française, synonyme d’appauvrissement généralisé. Et de s’engager franchement dans une politique fondée sur la libéralisation de l’offre. Fortibus est fortuna viris data.
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