Le clair-obscur du déclin industriel L’art du discours de la France

Si les économistes tentent de rassurer les Français, montrant que l’industrie n’est pas vouée à la décrépitude, la crainte des délocalisations, sur fond de remise en cause de la durée du temps de travail, saisit d’angoisse tout le pays. Motif inavoué de la décrue des effectifs chez Federal Mogul, dans la couronne orléanaise, ou officiel chez Nacam, à Vendôme, les 35 heures risquent de précipiter la France dans une crise qu’elle peut éviter. Par exemple en renouant les fils du dialogue social. Chez Nacam, à Vendôme, l’incompréhension entre les salariés et la direction a poussé dans l’arène Maurice Leroy, le député de la circonscription et président du Conseil général. Le moment est venu pour les politiques de mouiller la chemise.
La délocalisation d’entreprises ou de pans d’activité entiers vers les pays low cost est un des principaux sujets de préoccupation des Français. Les négociations sur l’allongement de la durée du travail sont souvent sous-tendues par une menace, voilée ou non, de transfert massif d’activité vers des contrées plus accueillantes. Inversant le problème, le Commissariat général du plan a tenté de déterminer les raisons qui font qu’une entreprise préfère rester en France. Les travaux conduits par l’économiste Jean-Louis Levet confirment qu’une France sans usines n’est pas une fatalité. Et que les entreprises les plus performantes entretiennent un lien fort avec leur territoire, quitte à créer des unités éloignées, proches des marchés à l’export. Le rapporteur cite ainsi le cas des chantiers Piriou, un constructeur de bateaux de pêche qui a créé des chantiers navals en Polynésie et au Nigéria tout en conservant son fief de Concarneau. De son côté, Gilles Le Blanc, professeur à l’Ecole des Mines, affirme que le prétendu déclin de l’industrie en France est une idée fausse. Les services périphériques externalisés emploient aujourd’hui 3 millions de personnes, presque autant que l’industrie. La conquête de marchés extérieurs permet également la création d’emplois induits sur le territoire français : Peugeot va ainsi créer une base logistique et 250 emplois au Havre pour approvisionner en pièces détachées son réseau de concessionnaires asiatiques. Certes, le textile souffre. Mais là aussi, la fatalité n’est pas de mise. En créant ses propres marques, en investissant dans l’outil de production, Armor-Lux, encore un Breton repris en 1994 par deux anciens collaborateurs de Vincent Bolloré, Jean-Guy le Floc’h et Michel Guegen, a bâti un groupe de 700 personnes.

La RTT sur la sellette

Il serait toutefois vain de nier les faiblesses de la France. Le coût du travail en est une. Les employeurs n’hésitent plus à remettre en cause le tabou de la RTT. Dernier exemple en date, celui de Nacam, à Vendôme. Le climat social, plutôt correct jusqu’alors, s’est en effet récemment détérioré chez ce fabricant de colonnes de direction pour l’automobile (680 salariés). A l’origine, une dénonciation par la direction de l’accord sur la réduction du temps de travail signé en 1999. La direction de Nacam souligne que le contexte qui a prévalu à l’époque de la signature de l’accord est caduc : dégradation des marchés automobiles, hausse vertigineuse du prix de l’acier, concurrence des pays low cost. La voie est désormais plus qu’étroite et passe par une remise en cause des généreux acquis de la fin des années 90. L’équipementier, qui exploite d’autres usines en Espagne et en Europe centrale, sans le mettre explicitement en avant, ne dément pas qu’un transfert d’activité vers des usines plus compétitives constitue une hypothèse. Il propose au personnel de passer à 38 h 30 hebdomadaires sans augmentation de salaire. Les responsables CDFT du comité d’entreprise ne réfutent pas le principe d’une remise à plat de cet accord auquel la centrale syndicale n’avait d’ailleurs pas souscrit à l’époque (il n’avait été paraphé que par la CGT). Ils mettent cependant en cause le manque de concertation dont ferait preuve la direction et les conditions dans lesquelles se sont engagées les premières discussions. Nacam ne reconnaîtrait, affirment les responsables départementaux de la CFDT, “aucun rôle économique au CE”. Par ailleurs, la direction souhaite “imposer la fin mai comme date butoir pour la signature du nouvel accord sur le temps de travail”, alors que la loi prévoit une période de concertation de 15 mois à partir de la dénonciation de l’accord initial. L’affaire est sérieuse et dépasse les simples querelles de personnes et les problématiques d’influence syndicale au sein du groupe. Les enjeux sont d’ailleurs bien perçus par les représentants du personnel qui, afin de débloquer la situation, ont fait appel à Maurice Leroy, le président du Conseil général de Loir-et-Cher. Ce dernier a accepté de jouer “son rôle de médiateur social”. Après avoir reçu les syndicats et s’être entretenu avec le président de Nacam France, il affirme “sa confiance dans le dénouement heureux de cette crise”. La direction de Nacam France n’a pas souhaité répondre à nos questions.

François-Xavier Beuzon et Jean-Christophe Savattier
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir



Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
Retrouvez le contenu complet
de la Lettre Valloire
REGION CENTRE
BERRY
EURE-ET-LOIR
INDRE-ET-LOIRE
LOIR-ET-CHER
LOIRET