Le développement économique a changé de registre

Si les deux départements du nord de la région continuent de signer de belles implantations d’entreprises, la raréfaction des projets industriels exogènes a généré une nouvelle façon de développer les territoires, en valorisant au maximum les ressources locales.

Le temps des méga-projets industriels, créateurs de centaines d’emplois, est révolu. Les agences de développement économique ont dû se plier à la nouvelle donne et se contenter d’accompagner les rachats de sites en déshérence ou le renforcement d’unités existantes. En région Centre, l’Eure-et-Loir et le Loiret continuent toutefois de faire la course en tête. Leurs agences respectives, le Codel et l’Adel, structurées et bénéficiant d’une longue expérience de business developper, alimentent encore la chronique des implantations d’entreprises, aux côtés de certaines communautés d’agglomération très engagées dans l’action, comme Dreux, Orléans ou Chartres.
Mais comment évaluer le résultat des équipes de prospection ? Jacques Briand, le directeur du Codel, reconnaît que, sur les quelque mille emplois annoncés depuis l’été 2007 en Eure-et- Loir, moins du tiers sont liés à des projets exogènes car, “pour ce qui concerne les autres, nous avons surtout joué un rôle de facilitateur”. Encore faut-il identifier des entreprises locales porteuses de projet – ou en passe d’être cédées – et accompagner le chef d’entreprise dans sa démarche en lui déblayant au maximum le terrain. Dans ce domaine, Codel et Adel possèdent un réel savoirfaire, partagé d’ailleurs par leur voisin de Sarthe Expansion, avec lequel les deux agences sont souvent en concurrence.
Faute de grands dossiers, les développeurs sont réduits à valoriser l’immobilier laissé vacant. L’économie n’étant jamais à court de paradoxe, l’abandon d’une usine est presque devenu un atout. Sans l’arrêt de Gemalto, Orléans n’aurait peut-être jamais eu Bleu Capital (cf. LV n°478). A Dreux, la fermeture de LP Philips et celle, malheureusement probable, de sa cousine Philips EGP permettent de proposer des sites industriels au fort potentiel à des sociétés comme Cordon Electronics (cf. ci-contre). A Amilly, en banlieue de Montargis, Fareva va créer une nouvelle activité porteuse d’emplois, impensable sans la mise à disposition de l’usine Baxter. Idem à Beaugency, où les anciens locaux de Faurecia serviront à reloger plusieurs entreprises du cru.
Les développeurs ont retrouvé des réflexes de proximité. Le maire de Chartres nous confiait récemment (voir le magazine Lettre Valloire daté de juin) qu’il était “inutile de dépenser 1€ pour aller prospecter au loin ; les richesses et les gisements de croissance sont sous nos yeux”. Le Codel a lancé une campagne dans la presse locale à destination des porteurs de projets (“Entreprendre, c’est facile”) ; l’Adel a multiplié les accompagnements de petites et même de micro-entreprises, créatrices de 5 emplois ou moins (BLM, Pacific Pêche, Camega, Mobil Bois, Isol’Habitat, Bouthegourd…). Small is beautiful est devenu la règle.
La Région, à laquelle la loi a donné des compétences et une autorité en matière de développement économique, saupoudre des aides dont la destination ne laisse pas de nous étonner. Est-il, ainsi, vraiment indispensable de financer la reprise de boulangeries à Tours ou à Mur-de-Sologne (15 000 € de subvention régionale et 15 000 € d’avance remboursable à chaque fois) ou celle d’une pizzeria à Bléré, comme le prouvent les derniers dossiers d’aides votés par la commission permanente ? Cette politique de gribouille, qui piétine allègrement le libre jeu de la concurrence et les lois du marché – sans d’ailleurs les rendre plus équitables – aura besoin d’une sérieuse remise à niveau lors de la prochaine mandature, quelle que soit la majorité en place.
Sur certains territoires, l’action économique relève plutôt du folklore. En Indre-et-Loire, la nouvelle majorité départementale a décidé d’arrêter les frais et de dissoudre l’Agence de développement de la Touraine (ADT), devenue organisatrice de voyages d’agrément à l’étranger, coûteux pour la collectivité et parfaitement inefficaces pour l’économie locale. Philippe Le Breton, maire PS de Joué-lès-Tours et 1er vice-président en charge de l’économie, à la fois de la communauté d’agglomération Tour(s) Plus et du Conseil général, compte créer une nouvelle structure (lire à la page 7). Souhaitons que du passé, l’élu fasse table rase…
L’ADC (Agence de développement du Cher) a subi, dixit sa responsable de la communication, “une puissante réorganisation en 2007” depuis l’éviction de son directeur, qui a intenté un procès retentissant à son ex-employeur, le Conseil général. Ce dernier, condamné en première instance, a fait appel de la décision. Cela devrait tout de même se terminer par la signature d’un chèque à l’ordre du plaignant… pour absence de services rendus. Aujourd’hui, l’ADC (11 collaborateurs ...!) lutte pour sortir du coma profond dans lequel elle est plongée depuis des lustres “en misant sur le développement exogène”. A rebours des autres… Comment s’étonner que le tableau de chasse de l’ADC se résume, selon notre interlocutrice, à l’implantation de Via Logistique au Subdray, un projet annoncé dans nos colonnes… en février 2005 (cf. LV n°399).
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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