L’annonce par la SNCF, qui tente de sortir sa branche fret du rouge, de l’arrêt de l’activité wagons isolés dans 80 gares a suscité une imposante levée de boucliers.
L’exécutif régional dénonce un risque de “détricotage”, invoque l’impact sur l’environnement et exige la mise en oeuvre immédiate d’un moratoire. Le énième plan d’urgence annoncé ces derniers jours par la SNCF, visant à réduire le déficit de sa filiale fret (près de 102 M€ de pertes sur le premier semestre 2007), a immédiatement déclenché une levée de boucliers en région Centre. Il est vrai que la direction de l’opérateur ferroviaire national n’a pas fait dans la dentelle: le programme d’économies, qui prévoit la suppression de l’activité dite de “wagons isolés” et la massification des flux sur quelques grandes plates-formes plus rentables, va se traduire par l’arrêt de l’exploitation, dès la fin novembre 2007, de 262 gares fret, dont près de 80 pour la seule région Centre. Ainsi, dans le Cher, l’activité fret isolé devrait passer à la trappe à Vierzon, Bourges et Nérondes. Idem en Eureet- Loir où il semble acquis que les gares fret de Courville-sur- Eure, Voves et Chartres seront aussi affectées. En Indre-et-Loire, la gare de triage de St- Pierre-des-Corps, si chère à la culture syndicale cheminote – elle est la seconde gare de triage de France ! – devra aussi fermer ses voies dédiées aux wagons isolés, ainsi que ChâteauRenault, Port-de-Piles et Reignac-sur-Indre. Des arrêts d’activité sont annoncés à Blois, Vendôme et Mer (Loir-et-Cher), ainsi qu’à Fleury-lès-Aubrais, Patay, Artenay et Châteauneuf-sur-Loire (Loiret). Selon les premières estimations syndicales, plusieurs dizaines de postes seraient supprimés. Du point de vue de l’exécutif régional, qui exerce depuis plusieurs années le rôle d’autorité organisatrice des transports ferroviaires pour les passagers, de telles dispositions s’apparentent à un véritable casus belli… qui lui donne opportunément l’occasion de tonner contre le gouvernement. Selon Jean- Michel Bodin (PC), le vice-président de la Région en charge des infrastructures et des transports, le plan est “une aberration. Ce n’est pas en diminuant les volumes et en affaiblissant le service que la SNCF va rééquilibrer ses comptes”. Par ailleurs, “nous nous attendons à ce qu’après avoir abandonné cette partie de l’activité fret, la direction de la SNCF nous explique qu’elle ne pourra plus assumer une partie du service passagers que nous gérons, comme l’on sait, dans le cadre d’une convention. Il y a un risque de détricotage”. Tout en dénonçant l’impact du plan sur l’emploi et le développement économique, l’élu communiste a délibérément choisi de placer la riposte sur le terrain environnemental. “Ces fermetures vont à l’encontre des objectifs de réduction des émissions de CO2. A l’heure où l’on souhaite relancer le ferroutage, de telles mesures font mauvais effet” martèle Jean-Michel Bodin qui rappelle que le précédent plan de restructuration de l’activité fret a précipité sur les routes, de 2004 à 2006, près de 1,5 million de camions supplémentaires par an. Le vice-président de l’exécutif régional ayant été désigné par l’Association des Régions de France (ARF) – classée à gauche – pour la représenter au Grenelle de l’Environnement, il entend profiter de cette tribune pour exiger des pouvoirs publics qu’ils reviennent sur ce plan et étudient d’autres propositions fondées, comme il se doit, sur l’augmentation “radicale” des investissements dédiés aux infrastructures ferroviaires. Dans cette attente, la mise en oeuvre d’un moratoire a été réclamée auprès de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et du Développement durable. Mais l’attention zélée que l’exécutif régional apporte au sauvetage du fret n’ira pas jusqu’à proposer de se substituer à la SNCF : “Nous n’avons ni les compétences d’un opérateur, ni celles d’un chargeur”. Localement, les dommages collatéraux du plan fret sont appréciés avec amertume. Selon Jean Rousseau, le maire de Vierzon, le programme risque ainsi de “compromettre” le développement de la zone d’activité du Vieux-Domaine, un site embranché fer dédié à la logistique. Aujourd’hui, si l’on excepte la société de transports Bréger, aucune entreprise installée n’est en mesure de traiter des trains entiers composés d’une quinzaine de wagons : un étiage qui sépare l’activité fret massifiée de l’activité wagons isolés.









