Les biocarburants sont-ils des boucs émissaires ?

Les biocarburants, qui constituent pourtant une alternative crédible aux combustibles fossiles, sont accusés par certains de tous les maux. La région Centre, l’un des premiers territoires français de production, ne leur consacre pourtant que moins de 7 % de sa surface agricole utile. Et toute la filière, industriels y compris, fonde beaucoup d’espoir sur eux. Les biocarburants sont dans le collimateur ! Depuis plusieurs mois, une coal i t ion hé t é roc l i t e , composée de défenseurs de l’environnement, d’ONG, d’altermondial i s tes et de quelques représentants des lobbies pétroliers, s’en prend avec véhémence aux biocarburants, pourtant présentés, il y a peu, comme une alternative aux combustibles d’origine fossile. Les voix s’élèvent pour condamn e r l e s o b j e c t i f s e u r o p é e n s d’incorporation du diester dans le diesel et de l’éthanol dans l’essence, deux biocarburants produits à partir du colza pour le premier, du blé et de la betterave pour le second. L’attaque porte sur plusieurs fronts. Primo, le bilan énergétique des biocarburants (production de CO2) serait très contestable : “Il faut, affirment leurs détracteurs, une bien trop grande quantité d’énergie pour produire, déplacer et transformer les végétaux”. Secundo, en opérant un amalgame avec les modèles américains et brésiliens — deux pays qui consacrent effectivement une part très importante des terres cultivables aux débouchés non alimentaires —, les opposants aux biocarburants estiment que, partout dans le monde, ces produits sont les responsables de l’explosion des prix des céréales et, partant, aggravent la faim dans le monde. Le suisse Jean Ziegler, rapporteur auprès de l’ONU, n’a pas hésité à comparer récemment la culture des biocarburants à un “crime contre l’humanité”. Bigre ! Selon les représentants des exploitants agricoles en région Centre, l’un des principaux territoires français de production de biocarburants, ces attaques sont manifestement excessives et relèvent même de la désinformation. “Les agriculteurs ont trouvé dans les biocarburants des débouchés intéressants aux cultures de colza et de blé qui se trouvaient en situation de surproduction” indique Francis Valter, chef de service bioénergie à la Chambre régionale d’agriculture, rappelant que la part des cultures (blé, colza et betterave) dédiée aux biocarburants en région Centre “ne représente, en dépit d’une progression évidente, que 6,37 % de la surface utile agricole (0,08% pour la betterave bioéthanol, 1,32 % pour le blé éthanol et 4,96 % pour le colza biodiesel)”. Pas de quoi taxer les agriculteurs beaucerons ou berrichons “d’affameurs”. Par ailleurs, contrairement à ce que prétend la rumeur, “les stocks mondiaux de blé ont certes baissé, mais la production mondiale reste théoriquement suffisante pour nourrir l’humanité. Et d’ailleurs, lorsque les producteurs ont croulé sous les excédents, la faim n’a pas franchement reculé…” remarque justement Francis Valter. Le problème est plutôt lié à l’affectation insuffisante des terres des PVD aux cultures vivrières. Les biocarburants seraient-ils des boucs émissaires ? Les responsables des filières diester et éthanol craignent évidemment que ces critiques compromettent le développement d’unités industrielles de transformation. Dans le nord de la région, le site de la distillerie de Toury (28), exploité par la société La Vermandoise, produit chaque année 70 000 tonnes de sucre et 340 000 hectolitres d’alcool à partir de la betterave. Une part significative de l’activité consiste également dans la fabrication d’éthanol. A Artenay (45), l’union de coopératives Tereos produit aussi de l’éthanol à partir de la betterave, ainsi que 52 000 tonnes de sucre. Depuis septembre dernier, l’usine BENP construite par Tereos à Lillebonne, près de Rouen (76), est la seule en France à produire de l’éthanol (environ 300 000 m3 par an) à partir du blé (dont 60 000 m3 à partir du blé fourni par les coopérateurs beaucerons). Cette usine a requis un investissement de 200 M€. La réforme du marché mondial du sucre imposée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui limite les volumes de sucre à l’export, oblige, il est vrai, les sucriers européens à chercher de nouveaux débouchés notamment dans les biocarburants et ce, au prix d’investissements colossaux. Ainsi, le groupe Cristal Union (1 Md€ de CA) aura depuis 2003 investi plus de 300M€ dans de nouvelles capacités industrielles. La direction envisage de réaliser 40 % de la facturation dans l’alcool et l’éthanol en 2009. C’est aussi en région Centre que la recherche sur les biocarburants dits de seconde génération est la plus avancée. De nouveaux procédés de fabrication utilisant toute la lignite de la plante — et non pas la part la plus noble, comme aujourd’hui — permettraient d’améliorer le rendement énergétique et le bilan environnemental des combustibles. Une association (Bio-énergie Centre), soutenue par Epis-Centre, Agralys, John Deere, Tereos et Sofiproteol, travaille avec le concours de l’Inra et d’une équipe du CNRS d’Orléans à la conception d’un module pilote de production de biocarburants de seconde génération susceptible d’utiliser les déchets du bois. “La mise au point de ces process complexes va prendre du temps. Raison de plus pour ne pas condamner d’emblée toute une filière” prévient Francis Valter.
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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