L’Europe déraille. Quelques mois après avoir fermé son usine de Dreux, supprimé près de 500 emplois et floué ses sous-traitants, LG Philips est le principal bénéficiaire d’une aide de 206,1 M€ accordée par la Pologne, avec l’accord bienveillant de la Commission européenne, à neuf projets industriels dans la région de Wroclaw. Une révélation qui intervient au moment où l’on évoque la reprise d’une partie des activités de Flextronics, à Châteaudun, par une usine mexicaine de son concurrent Sanmina.
La concurrence entre Etats membres de l’Union européenne prend un tour malsain.
La concurrence entre Etats membres de l’Union européenne prend un tour malsain.
La Pologne, fraîchement admise au club des 25, vient de lâcher la modique somme de 206,1 M€ pour favoriser l’implantation de 9 usines coréennes (montage et fabrication de composants de téléviseurs, écrans plats, électroménager blanc, cartes à circuits imprimés...) sur le site de Kobierzyce, près de Wroclaw. Lors de l’annonce du projet, la presse locale s’enflammait en évoquant, peutêtre avec un excès d’enthousiasme, la création totale de 12 000 emplois. Le 19 juillet dernier, en pleine canicule, un communiqué de la Commission bruxelloise relayait la satisfaction de la néerlandaise Neelie Kroes, commissaire en charge de la concurrence, qui se réjouissait “de pouvoir autoriser une grappe d’investissements d’entreprises coréennes”. La Pologne – pays qui reçoit d’importants subsides de l’Europe au titre des fonds structurels – prendra donc à sa charge près de 30 % des 711 M€ investis dans des projets portés pour la plupart par le coréen Lucky Goldstar, plus connu par ses initiales LG. Au premier rang de ceux-ci figure la construction d’une nouvelle usine de dalles de téléviseurs à écrans plats par LG Philips LCD, co-entreprise de LG Electronics (37,9 % du capital) et du néerlandais Philips (32,9 % du capital), un duo qui a choisi, au mois de janvier dernier, de déposer le bilan de la filiale européenne d’une autre de ses co-entreprises, LG Displays. La décision rayait ainsi de la carte, d’un coup sec et sans douleur, trois usines d’Europe occidentale et 1 200 emplois, dont près de 500 à Dreux, qui en comptait le double un an plus tôt. L’usine tchèque de fabrication de tubes cathodiques LG Philips Displays à Hranice, à quelque 200 km au sud de Wroclaw, risque fort de passer aussi à la trappe. Le groupe a annoncé sa décision de vendre une unité qui emploie 1 300 personnes dans cette petite ville de 20 000 habitants, située non loin d’Ostrava, le grand centre industriel de Moravie. Pourtant, LG Philips s’était engagé auprès du gouvernement local, qui l’a largement soutenu au moment de son installation, à créer 3 250 emplois au final. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient... Avec un investissement de 430 M€, le projet de LG Philips LCD en Pologne représente 60 % de la “grappe” applaudie à deux mains par la commissaire européenne néerlandaise et un montant vraisemblablement proportionnel des 206 M€ d’aides publiques dont bénéficiera en partie son compatriote Philips. L’usine est déjà sortie de terre et la production de dalles commencera dès le mois de mars 2007, car le temps presse, la demande mondiale d’écrans plats étant exponentielle. Cette affaire intervient au moment où une autre entreprise d’électronique, Flextronics, donne des signes d’inquiétude à Châteaudun (voir notre information détaillée ci-dessous). Dans un jeu de chaises musicales qui devient l’apanage des grands groupes internationalisés, le canadien Nortel, faisant fi d’un contrat de sous-traitance de quatre ans conclu au moment de la cession de l’usine de Châteaudun à Flextronics, en mai 2005, annonce le transfert de la moitié de la charge - des équipements de réseaux de téléphonie mobile - à un autre site que les syndicats ont débusqué, grâce à une grosse maladresse des Canadiens, chez Sanmina au Mexique. La date-butoir est fixée au 31 décembre 2006 pour la première tranche, au 2 février 2007 pour la seconde. L’histoire devient cocasse lorsqu’on se rappelle que Sanmina avait dû fermer le 31 août 2003 son usine de Châteaudun, suite au non-renouvellement de son contrat de fourniture de circuits intégrés à... Nortel. Ce dernier avait alors prétexté un appel d’offres mondial pour changer de fournisseur. A l’époque, Sanmina employait 80 personnes en CDI et CDD dans le sud de l’Eure-et-Loir et s’appuyait sur un volant de 140 intérimaires. Entre l’annonce de la décision et la fermeture de l’unité Sanmina, quatre mois s’étaient écoulés, le même délai étant aujourd’hui laissé à Flextronics pour encaisser le choc de la rupture. Quatre mois de préavis qui angoissent les 380 salariés, les 200 intérimaires et les 200 employés des sous-traitants de l’usine dunoise. Ces deux cas de délocalisations abruptes, soutenue à coup d’argent public pour la première, apporteront sans nul doute de l’eau au moulin des détracteurs de la mondialisation ainsi qu’à ceux de la bureaucratie bruxelloise. Qui sont d’ailleurs souvent les mêmes. Faut-il alors feindre de s’étonner des résultats électoraux du printemps 2005 ?









