LGV Tours-Bordeaux : un aménagement sous haute tension

La ligne grande vitesse (LGV) qui doit relier Tours à Bordeaux est entrée en phase d’enquête publique. De nombreux points restent en discussion. D’autres projets, au premier rang desquels l’hypothétique LGV Paris-Lyon via Clermont-Ferrand et Bourges, devraient aussi alimenter les débats.Réseau Ferré de France (RFF) est sur les charbons ardents. RFF pilote en effet le projet controversé de la future desserte LGV Sud Europe Atlantique (SEA) qui doit relier Tours à Bordeaux en 2016 via une nouvelle ligne de 309 km construite en deux étapes : d’une part, une première section entre Villognon, au nord d’Angoulême (16), et Bordeaux, qui a déjà obtenu une déclaration d’utilité publique (DUP) ; d’autre part, une seconde tranche reliant Angoulême à Tours. Ce segment d’environ 180 km vient précisément d’entrer en phase d’enquête publique. Résidant dans les parties les plus urbanisées du faisceau retenu, les opposants au tracé, très remontés, négocient pied à pied la réalisation d’aménagements. Sur différents “points chauds” – les communes tourangelles de Chambraylès- Tours, Veigné et Maillé, mais aussi les poitevines de Chasseneuil-du-Poitou, Fontaine-le-Comte et Jaunay-Clan – ils exigent que la ligne soit profilée en déblai (c'està- dire semi-enterrée) plutôt qu’en remblai, et qu’elle bénéficie d’aménagements anti-bruit. “Nous persistons à penser que le coût global du projet (près de 7,2 Mds€, valeur estimée 2015, dont4,5 Mds€ pour le segment Tours-Angoulême), ne correspond pas au service rendu” affirme le porte-parole de LGV Réaction citoyenne. Les gains de temps, réels pour les points extrêmes de la desserte (50 minutes sur un Paris-Bordeaux et sur un Lille-Bayonne), sont jugés dérisoires pour certains trajets intermédiaires. “C’est un projet taillé sur mesure pour la région Aquitaine, mais quel est l’intérêt pour les autres territoires traversés ?” s’interroge un anti-LGV. Les opposants estiment également que la formule de partenariat public-privé (PPP) retenue, qui va conduire les constructeurs-concessionnaires (Vinci, Bouygues, Eiffage) à cofinancer le projet, a donné un tour beaucoup plus âpre aux négociations. “Nos interlocuteurs veulent faire des économies sur les aménagements environnementaux” se plaint-on chez LGV Réaction citoyenne. A Chasseneuil-du-Poitou, certains s’interrogent sur l’opportunité de construire une travée couverte permettant à la LGV de rallier l’actuelle gare de Poitiers pour un coût d’environ… 250 M€, “alors qu’un emplacement réservé a été désigné pour la construction d’une nouvelle gare TGV qui pourrait être réalisée en 2025”. Du côté de RFF, on tient à redresser certaines “approximations”. Tout d’abord, les “emplacements réservés de gares TGV à Poitiers ou à Courtalain (28) ne sont que des hypothèses à très long terme. Il s’agit simplement de ne pas insulter l’avenir…”. RFF dément vouloir rogner sur le coût des aménagements environnementaux : “Le cahier des charges technique et économique sera défini dans le cadre de la DUP et s’imposera aux concessionnaires qui n’ont d’ailleurs pas définitivement été retenus. C’est le même processus que pour les sociétés d’autoroute”. Enfin, les responsables désignent la “courte vue” des opposants à la LGV SEA. “In fine, il s’agit de prolonger la LGV jusqu’à Toulouse et jusqu’à la frontière espagnole. Et de mieux lutter ainsi contre l’emprise du transport aérien… avec les effets positifs sur le dégagement de CO2!”. Toute cette agitation fait de l’ombre à d’autres projets de desserte TGV pris en charge par la direction régionale Centre Limousin de RFF. Ainsi, le projet de barreau TGV de 80 km devant relier Poitiers à Limoges “et plaçant Limoges à 2 heures de Paris contre plus de 3 heures aujourd’hui, est en phase d’étude très active”. Les promoteurs de l’infrastructure (environ 1,5 Md€ de travaux) estiment que la déclaration d’utilité publique devrait être promulguée en 2011 pour une ouverture commerciale programmée pour 2016. Les élus berrichons ont d’ores et déjà entamé leur travail de lobbying suite à l’annonce par le gouvernement de son intention de réaliser une LGV reliant Paris à Lyon via Clermont-Ferrand. Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports, a récemment suggéré que cette ligne pourrait desservir Bourges. Rien n’est encore arrêté mais une première étude prévue pour le printemps 2008 devrait davantage cadrer le projet. Dans cette attente, les collectivités s’organisent : aux côtés de la SNCF, les Régions Centre et Limousin viennent de lancer “à titre expérimental pendant trois ans (1 M€ par an pour chaque Région)” une liaison TGV reliant Brive-la-Gaillarde, via Limoges, Châteauroux et Les Aubrais à Roissy, puis Lille. La desserte – qui ne sera pas assurée à grande vitesse, du moins jusqu’à la région parisienne – permet désormais aux villes du Centre de bénéficier d’un accès direct à l’aéroport de Roissy. “C’est un substitut au POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse), qui permettait aussi une amélioration des temps de parcours et une interconnexion avec le réseau TGV et les aéroports parisiens” indique-t-on à la Région. Une question demeure et elle interroge tous les maires de villes moyennes : la focalisation de telles ressources sur les projets TGV ne risque-t-elle pas, dans le cadre de budgets très contraints, d’assécher les enveloppes allouées aux lignes secondaires ?
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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