Maurice Leroy : "L’idée d’une conférence départementale, c’est un peu le Sénat selon la réforme de 1969"

Le président du Conseil général de Loir-et-Cher (et député UDF de Vendôme) Maurice Leroy vient d’annoncer une remise à plat de l’action économique départementale. L’Adelec, agence de développement créée au début des années quatre-vingt-dix, sortira amaigrie de l’opération.

La Lettre Valloire : Vous reprenez en main la politique économique du département. La tendance était, ces dernières années, plutôt à l’externalisation de la fonction dans des structures de type agence, comme l’Adelec dans le Loir-et-Cher. Qu’est-ce qui motive ce changement de cap ?

Maurice Leroy : J’aurais pu me retrancher derrière l’article II de la loi de décentralisation et considérer que l’économie est de la compétence de la Région et des communautés de communes ou d’agglomération. J’aurais pu également fermer l’Adelec et conserver le service d’action économique du Conseil général pour gérer les fonds d’aide au commerce et à l’artisanat. Cela, c’était la solution de facilité. Mais était-ce responsable ? Le Conseil général peut-il ne s’intéresser qu’à son coeur de métier, désormais articulé autour de la solidarité et de l’action sociale ? Pour ces deux postes, les dépenses représentaient 50 % du budget départemental avant la loi Raffarin et le ratio devrait monter à 60 %, voire à 70 %, avec la loi sur le handicap. J’ai fait un choix différent en considérant que le Conseil général est le garant de l’unité départementale et de sa cohérence, de la plus petite commune, la Madeleine Villefrouin (28 habitants au recensement de 1999, NDLR), à la plus importante, Blois. Et qu’il ne peut se désintéresser de l’économie, vitale pour ses territoires. Quant aux agences, les temps ont changé et il faut s’adapter à l’évolution de la loi et à l’eurocompatibilité des aides. La séparation des rôles entre une association et une collectivité doit être totale, sous peine de voir les élus relever de la gestion de fait. D’ailleurs, beaucoup de départements remettent en cause les outils existants et s’interrogent sur leur avenir.

LV : Vous avez déclaré, je cite : “L’Adelec n’a pas suffisamment démontré son efficacité”. Sur quels éléments fondezvous votre jugement ?

M. L. : Je revendique le parler vrai. Quand je dis que l’Adelec n’a pas joué son rôle, je ne fais de procès à personne, ni à ses présidents successifs, ni au personnel. Je constate simplement. Si l’Adelec avait été efficace, cela se saurait. D’ailleurs, je n’ai reçu aucun courrier, aucun e-mail pour contester ma position. Rappelons que son fonctionnement entraîne 1,5 M€ de dépenses par an. En regard, l’Observatoire de l’économie et des territoires, loué unanimement pour la qualité de son travail, ne coûte que 440 000 €. On sait combien il est difficile de réduire le train de vie d’une collectivité. Néanmoins, je m’engage dans cette voie. Mais l’Adelec ne va pas disparaître. Elle conservera quelques agents pour la prospection et sera dotée d’un budget compris entre 400 000 et 500 000 €, donc réduit des deux tiers. Je travaille à la nouvelle configuration de l’action économique départementale et je déposerai des propositions avant la fin de l’année. Avant d’aller plus loin, j’attends les réfléxions de la conférence départementale.

LV : Vous évoquez, dans un discours récent, la mise en place “d’un mode d’action novateur en faveur de l’emploi et du développement économique”. Peut-on connaître les grandes lignes de ce dispositif ?

M. L. : J’ai beaucoup travaillé sur la politique de la ville et la multiplicité des acteurs. J’ai pu en mesurer les limites. Je pense aujourd’hui qu’il faut savoir prendre du temps pour fédérer les énergies et dépasser les ego. D’où mon initiative de conférence départementale, qui réunit toutes les forces vives du Loir-et-Cher : maires, conseillers généraux, présidents des pays, chambres consulaires, Medef, CGPME et organisations syndicales représentatives des salariés. Je suis convaincu que cet espace de rencontres et d’échanges va permettre d’aller au-delà des questions de susceptibilité des uns et des autres. C’est un peu, à l’échelle du département, le Sénat tel que le voulait la réforme de 1969 (repoussée à l’issue du référendum du 27 avril 1969 par 52,4 % des votants, précipitant la démission du Général de Gaulle, NDLR). Bien sûr, j’ai quelques idées mais elles devront être discutées par la conférence avant toute décision. Il faut, par exemple, réfléchir aux crédits nécessaires aux entreprises pour un projet de développement ou une transmission. Les prêts d’honneur, aujourd’hui, ne sont plus suffisants. Ils ne répondent plus au problème du financement de l’immobilier, primordial lors d’une reprise. Ce sont les questions à traiter maintenant, si on ne veut pas, demain, se consacrer exclusivement au traitement social du chômage.

LV : Votre mission de médiation lors du récent conflit entre salariés et direction de Nacam, à Vendôme, participet- elle de ce “mode d’action” ?

M. L. : Cela relève de la même logique. Si l’on veut éviter les guerres fratricides entre territoires, comme entre salariés et employeurs, il vaut mieux réunir tout le monde autour d’une table et discuter. C’est la seule façon de maintenir un équilibre entre urbain, péri-urbain et rural. Comme c’est la seule façon de permettre à l’entreprise de pérenniser son implantation. Même si cela devait échouer, j’aurai essayé. Personne ne pourra dire que je n’ai rien tenté.

LV : Quels rôles respectifs assignezvous à la Région, au Département et aux communautés de communes en matière de développement économique ?

M. L. : Je déplore que pour des raisons de basse politique - les Conseils régionaux étant passés presque tous à gauche - la loi n’ait pas fait de la Région le chef de file incontesté du développement économique. Il aurait pourtant été souhaitable qu’elle pilote de grands dossiers comme, par exemple, les biocarburants ou l’innovation technologique. Je la considère également légitime pour la formation et l’enseignement supérieur. Pour ce qui concerne la prospection d’entreprises ou le développement endogène, notre niveau territorial est pertinent. Notre mission est de coordonner, de mettre en mouvement l’ensemble des acteurs pour garantir l’harmonie du développement économique départemental. Les priorités sont claires : d’abord, lutter contre la pire des exclusions que constitue le chômage ; ensuite, préparer le renouvellement des générations pour toutes les professions ; enfin, contribuer à la préservation et au développement du tissu économique sur l’ensemble du Loir-et-Cher.
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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