Repris en mars dernier par la Région Centre, l’aéroport de Châteauroux- Déols pourrait connaître une nouvelle impulsion grâce au développement d’une plate-forme
de maintenance et de démantèlement aéroportuaire. Pour l’heure, les résultats restent modestes au regard des ambitions initiales. L’aéroport Marcel-Dassault, devenu l’Aéroport Châteauroux Centre à l’occasion de la reprise de l’infrastructure par la Région Centre en mars dernier, veut encore croire en ses chances. Longtemps présenté comme le grand espoir de l’économie berrichonne, l’outil présente des résultats d’exploitation honorables... mais assez éloignés des ambitions initiales de ses promoteurs. La piste de 3 500 m2, qui peut accueillir du plus petit au plus gros des avions (Airbus 380), a pourtant vu se développer une importante activité d’entraînement de pilotes et d’homologation d’avions : “Nous avons trois types de clients pour cette activité, explique Mark Bottemine, le directeur général de l’EPIC en charge de l’exploitation, les compagnies aériennes qui entraînent les pilotes, les industriels qui homologuent les appareils et l’armée”. Mark Bottemine ne se berce pas d’illusions : “Compte tenu du recours de plus en fréquent aux simulateurs de vol, ce marché est en décroissance” explique-t-il. Pour autant, les nouveaux dirigeants de Châteauroux Centre ne souhaitent pas, en dépit des nuisances qu’engendrent les multiples touch and go effectués par les avions, lâcher cette activité qui contribue à la réputation de la plate-forme. “Il doit être possible d’élargir notre palette de prestations (formation, briefings). Et nous serons peut-être en mesure un jour d’accueillir un simulateur sur le site…” avance Mark Bottemine. Le fret constitue, en importance, la seconde activité de l’aéroport : sa progression constante reste toutefois en-deçà des anticipations : “En 2007, nous devrions traiter 7 000 tonnes de fret – auxquelles s’ajoutent 700 tonnes de fret militaire – contre 6 700 tonnes en 2006. C’est bien, mais ce n’est pas assez” reconnaît Mark Bottemine, qui juge que le potentiel se situe aux alentours des 15 000 tonnes par an. Aujourd’hui, une seule compagnie, le britannique ACS spécialisé dans les petits tonnages sur l’Europe (10 tonnes par appareil), est installée à demeure sur l’aéroport. Plusieurs freins empêchent la progression plus rapide des flux qui proviennent le plus fréquemment du grand sud (Afrique et Asie). Tout d’abord, la filière aval (chargeurs, transporteurs routiers) n’est pas assez dense dans le Berry, ni assez organisée. Les opérateurs de fret ne trouvent pas toujours des prestataires disponibles. “C’est un cercle vicieux qu’il faut rompre en proposant à des chargeurs, qui ne trouvent sans doute pas d’intérêt à installer des lignes régulières, de mettre en place une offre commune”. Par ailleurs, pour d’obscures questions de réglementation européenne, l’aéroport ne peut pas traiter toute la gamme du fret périssable : certaines fleurs et les fruits à noyaux sont ainsi exclus du périmètre. Un véritable gâchis pour une infrastructure qui se situe en camion à 2h30 de Rungis via l’A 20. “Nous sommes en train d’établir les contrôles phytosanitaires qui vont nous permettre de remédier à ce problème” explique le directeur du développement Martin Fraissignes. “La grande affaire, c’est la maintenance et le démantèlement des appareils” indique Mark Bottemine. Sur ce terrain, l’aéroport a franchi un premier seuil. La compagnie Europe Aviation, spécialisée dans la maintenance lourde et le démantèlement des gros porteurs, va engager un programme de transfert et de desserrement de sa plate-forme d’Orly au profit de Châteauroux, où elle possède déjà une vingtaine de salariés. Avec, à la clef, la construction d’un bâtiment de 10 000 m2 et près de 150 emplois. Un second opérateur, la société ATE (une vingtaine de collaborateurs), fonde aussi beaucoup d’espoirs sur le développement de son activité de peinture. Les appareils, souvent exploités en leasing, passent fréquemment d’une compagnie à une autre et doivent être remis aux couleurs de leur nouvel exploitant. Enfin, la société Bartin, spécialisée dans le recyclage, a créé une plate-forme de recyclage des avions en fin de vie (20 salariés) qui peine toutefois à décoller (10 avions traités depuis le début de l’année). “Il y a aujourd’hui une pénurie d’avions opérationnels dans le monde et les compagnies repoussent les échéances de mise hors-service”. Pour autant, la Région, nouveau propriétaire et exploitant du site, croit dur comme fer à l’avenir de l’aéroport castelroussin. “Compte tenu du climat actuel, les aéroports dotés d’une telle longueur de piste ne vont pas se multiplier. L’outil est unique !” Du coup, “toutes proportions gardées, nous pouvons avoir l’ambition d’exploiter ici l’Evergreen européen (du nom d’une plate-forme américaine de maintenance et de démantèlement d’avions, NDLR). Nous nous appuyons sur une offre unique Châteauroux Air Center, qui mutualise toutes les prestations disponibles” précise Martin Fraissignes. A priori, les moyens ne manqueront pas. Le budget de l’établissement public a été fixé à 10 M€ en 2008, dont 6,5 M€ de recettes d’exploitation (taxes d’atterrissage, carburant, fret, prestations d’accueil). “Nous allons ainsi pouvoir engager des ressources importantes dans la remise au niveau et aux normes de l’infrastructure, qui n’a pas toujours pu bénéficier des investissements requis” note Mark Bottemine.









