Le ciel de La Nouvelle République pourrait s’éclaircir en 2010

Le groupe de presse tourangeau doit prouver sa capacité à retrouver l’équilibre d’exploitation dans les six mois à venir, le temps de préparer l’entrée de Centre France à son capital. Il faudra toutefois réussir à faire adhérer au projet les salariés, dont 181 doivent être licenciés d’ici à la fin de l’automne.

Quelques jours après l’annonce de la suppression de 181 postes au sein du groupe Nouvelle République, dont 125 pour le quotidien tourangeau (650 salariés), chacun se pose la question de l’avenir du titre. Le plan qui sera engagé à la rentrée devrait, en théorie, permettre de rétablir l’équilibre d’exploitation dès 2010, sauf nouvelle dégradation des ventes publicitaires, en baisse de 10% depuis septembre 2008. Selon certaines sources, l’économie engendrée par la réduction de la masse salariale, la mutualisation de moyens et la suppression de certaines charges de structure serait de l’ordre de 10 M€ par an. A rapporter à la perte de 7 M€ prévue en 2009, pour un CA qui sera nettement inférieur aux 98 M€ de l’exercice 2008. Sur les trois derniers exercices comptables, les pertes cumulées atteignent déjà 6 M€.
Reste à financer le plan social… Le directoire parle d’une enveloppe de 8 M€, ce qui représente en moyenne 44 000 € par salarié, précisant qu’il n’y aurait pas de “guichet ouvert”. Un élément qui a son importance, car le montant prévu pourrait être largement dépassé si les journalistes à forte ancienneté décidaient de saisir l’opportunité d’un départ. La très protectrice convention collective des journalistes accorde à ces derniers une indemnité de rupture équivalente à un mois de salaire par année de présence. Le coût individuel de licenciement des plus anciens des journalistes de la maison pourrait dépasser les 120 000 € et faire exploser une enveloppe que Le Figaro, habituellement bien informé sur l’univers des médias, situait plutôt dans une fourchette comprise entre 10 et 15 M€.
Mais les journalistes qui voudraient quitter La Nouvelle République du Centre-Ouest ou Centre Presse, le quotidien de Poitiers filiale du groupe depuis 13 ans, ont une autre arme pour partir en empochant ces confortables indemnités : faire jouer la clause de cession du journal, voire la clause de conscience applicable en cas de « changement notable dans le caractère ou l’orientation du journal ».
Le groupe de presse clermontois Centre France, qui aura laissé le soin au directoire en place de faire le ménage avant de s’asseoir au tour de table, agira avec la plus grande prudence le moment venu. Son arrivée se fera par étapes pour éviter d’être considéré, notamment par les candidats au départ, comme un cessionnaire. Une première participation de 22 % devrait être prise au début de l’année 2010. On peut imaginer qu’elle consistera, pour la plus grande partie ou la totalité, en une augmentation de capital, un apport d’argent frais étant indispensable pour financer la restructuration.
La valorisation exacte du groupe tourangeau fait débat. Entre l’estimation de 40 M€ qu’en auraient proposée les Auvergnats et la fourchette de 60 à 70 M€ avancée par certains observateurs, on parviendra certainement à un prix d’équilibre. A 50 ou 55 M€, la participation de 22 % coûtera 11 ou 12 M€ à Centre France qui pourrait aussi prêter ou garantir un prêt bancaire de 5 M€ au groupe Nouvelle République. Cette manne devrait financer le plan social et apurer une bonne moitié des pertes accumulées depuis 2006. Ensuite, il sera temps pour Centre France, éditeur de La Montagne, du Populaire du Centre, du Journal du Centre, du Berry Républicain et, depuis peu, de l'Yonne Républicaine, de songer à augmenter progressivement sa participation. Objectif : publier à terme 600 000 exemplaires quotidiens, toutes éditions confondues.
Pour habiller la mariée, le groupe Nouvelle République pourra mettre dans la balance les actions qu’il détient encore dans la Soparep, holding de contrôle du quotidien orléanais La République du Centre, au côté… de Centre France, qui possède au moins 35 % du capital. Dans cette hypothèse, le groupe de presse auvergnat deviendrait seul maître à bord d’un titre qui affichait en 2007 un CA de 27,6 M€ (et une perte de 0,8 M€) avec, en prime, la propriété de deux hebdomadaires bénéficiaires, Le Courrier du Loiret et L’Eclaireur du Gâtinais. Seul inconvénient, cette prise de contrôle pourrait déclencher plusieurs clauses de cession à fort coût social…
Mais pour que ce scénario se déroule sans anicroche, il faudra calmer le courroux des salariés… également actionnaires de La Nouvelle République. Car, hormis les 7 % que contrôleraient la famille Saint-Cricq et ses alliés et quelques milliers de titres détenus par des investisseurs institutionnels, l’essentiel des 343 470 actions en circulation est propriété d’une myriade de salariés et anciens salariés. L’Association de défense des petits actionnaires de La Nouvelle République (ADPANR) affirme représenter aujourd’hui 30 % du capital, soit un tiers du « flottant ». Et son importance pourrait encore grandir dans les semaines à venir.
Ces petits actionnaires, dont certains possèdent près de 1 % du capital, sont tout autant déterminés à ne pas se laisser déposséder qu’à faire les sacrifices nécessaires pour sauver le journal. « L’enjeu le plus fort n’est pas de se faire racheter mais de sauver sa place» indiquait récemment l’un des responsables syndicaux.
Ils ont encaissé, sans trop maugréer, les modifications successives des statuts et notamment la dernière en date qui a transformé le 13 juin la Sapo (société anonyme à participation ouvrière) en SA. Intervenue un mois plus tard, l’annonce de la suppression de 181 emplois et de la fermeture de l’édition du Cher – qui perdait 2,5 M€ par an – a été fraîchement accueillie. Mais les plus lucides considèrent que la restructuration n’est que la conséquence des mauvais choix du passé. « Nous avons été parmi les derniers à passer au format tabloïd et à sortir un journal du 7e jour » regrette l’un d’entre eux.
Lassés par plusieurs années d’incertitude et la menace d’une cessation de paiement, la plupart des salariés veulent aujourd’hui sortir du tunnel. La grève de la semaine passée ressemble plutôt à un baroud d’honneur. Tous rêvent d’un journal débarrassé de ses soucis financiers, recentré sur sa mission et capable de s’adapter aux évolutions de la presse. Et tant pis si cela doit passer par la fin de l’histoire écrite durant 65 ans par Jean Meunier, son gendre puis son petit-fils.

 

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Redécollage

Ce début d’été est tellement morose qu’on se réjouit du moindre signe annonciateur de reprise des affaires. Dans ce domaine, le salon aéronautique de Farnborough pourrait bien dessiner les contours de l’arc-en-ciel tant attendu. Airbus, comme Boeing, annoncent d’ores et déjà des commandes importantes, signe patent, selon le directeur commercial du consortium européen,  « que l’économie mondiale se redresse».
La région Centre, riche en sous-traitants de l’industrie aéronautique, devrait profiter de ce redécollage de la filière. Certes, les commandes attendues proviennent surtout d’Asie et d’Amérique latine, mais il serait indécent de faire la fine bouche. Pour ce qui concerne le marché européen, il est encore un peu tôt pour se frotter les mains. D’autant que si les commandes de l’aviation civile, encore convalescente, ne sont plus celles des années fastes, les commandes militaires sont en chute libre pour cause de restriction budgétaire.                                             

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