Certes, Noz a créé une centaine d’emplois à Romorantin. Mais le faillitaire et déstockeur aux 132 magasins a surtout réalisé une excellente affaire en achetant très bon marché les 45 000 m2 de l’usine Matra Automobile de Plaisance. Bailleur intransigeant, il rebute les locataires et inonde Etat et collectivités de demandes de subventions. A Vitré, près de Rennes, les élus ont préféré refuser son offre et conserver l’ancienne usine Mitsubishi.
Qui est vraiment Noz ? Un vendeur d’articles de bazar ou une société immobilière ? Le faillitaire et déstockeur (132 magasins répartis sur 56 départements), implanté depuis plusieurs mois sur l’ex-site Matra Automobile de Plaisance à Romorantin, “a vraiment réussi un très joli coup en Loir-et-Cher” observe-t-on sur place. Futura Finances, la société de tête de Rémy Adrion, a en effet acquis les 45 000 m2 de l’usine pour environ 6 M€. Un cadeau, compte tenu de la superficie de l’emprise et des bâtiments acquis, “pratiquement neufs”. Si Noz pratique les prix bas, Futura Finances préfère les loyers élevés : CAT Logistique, occupant d’une partie des lieux, se demande s’il ne ferait pas mieux de déménager pour alléger la facture. Dommage pour Romorantin. Le logisticien est en passe de remplir son contrat : il emploie une dizaine de personnes et devrait monter à une cinquantaine. Les développeurs reconnaissent “avoir perdu la main sur les bâtiments vacants” ; ils ne les proposent d’ailleurs même plus aux candidats à une implantation. Récemment, un centre d’appels a envisagé une installation sur le site de Plaisance. Trop cher. Il a fini par jeter l’éponge devant l’intransigeance de Futura Finances. Si la chasse à la subvention était sport olympique, Noz aurait de bonnes chances de médaille. Mais les pouvoirs publics commencent à être excédés par cette pratique systématique. Ils ont ainsi refusé de verser au groupe la prime d’aménagement du territoire (PAT) demandée : “Il ne pouvait y avoir droit compte tenu de son activité. Elle ne relève pas de l’industrie ou du service à l’industrie… mais du service à un seul client : la nébuleuse Noz. C’est indéfendable !” fulmine Pierre Pouëssel, le préfet de Loir-et-Cher. Car Noz n’exploite pas en propre l’activité logistique de la plate-forme de Romorantin : il l’a externaliexternalisée auprès de deux sous-traitants, les établissements Moreau Père & Fils (environ 50 emplois) et Sologne Traitement (environ 30 emplois). Ces deux sociétés – très faiblement capitalisées – ne seraient en fait que “des faux nez ne possédant que Noz pour client” constate un bon connaisseur du dossier.
Des demandes continuelles
Au total, la bagatelle de six entreprises (stockage, préparation de commandes) sont implantées sur le site pour un total de 120 emplois, dont 90 CDI. Une astuce “qui permet à Noz de quémander des subventions au titre de ces différentes sociétés” reprend notre interlocuteur. La ficelle est un peu grosse mais Noz parvient de temps en temps à ses fins. Une aide de 78 400 € a tout de même été attribuée à Moreau Père & Fils au titre du FRED (Fonds de restructuration de la défense). En revanche, le Conseil régional lui a refusé une subvention de 196 000 €. La convention conditionnait son versement au respect de certaines clauses, comme la diversification du portefeuille commercial. “Elle n’a pas été signée par les responsables de Noz” affirme-t-on à la Région. Tenaces, les responsables de Noz ont déposé en septembre un nouveau dossier de PAT d’un montant de 200 000 €, cette fois pour Sologne Traitement. Une nouvelle fois, la demande a été retoquée par le CIALA (Comité interministériel d’aménagement et de localisation de l’activité industrielle). Le refus aurait d’ailleurs également entraîné la non-acceptation d’une… seconde demande d’aide FRED (75 000 €), toujours au titre de Sologne Traitement. “La notification de cette décision est attendue dans les prochains mois” précise Pierre Pouëssel. Mais lorsque les portes se ferment, Noz tente de passer par la fenêtre : sa direction a déposé… une troisième demande de PAT de 98 000 €, aujourd’hui en cours d’instruction. En Bretagne, les élus du Pays de Vitré (35) ont préféré refuser. Noz les pressait de céder les 24 000 m2 d’une ancienne usine Mitsubishi Electric pour 4,8 M€. Objectif officiel : transférer le siège social et la plate-forme logistique de Loiron (53), commune située à une trentaine de kilomètres de Vitré. Le projet aurait entraîné le déplacement de 300 salariés et la création – hypothétique – de 200 emplois. Pour les élus bretons, “après le déploiement de Noz, il devenait impossible de diversifier l’activité. Le rachat des locaux, présenté comme tout ou rien, entraînait le départ de deux entreprises (Arienus et Mobiltron) que nous avions accompagnées”. Noz table sur la création de 70 magasins supplémentaires au cours des deux prochaines années. La direction s’est donc mise à la recherche d’un nouveau point de chute dans le grand Ouest… avec, sans doute, toujours en tête l’idée de réaliser une affaire immobilière juteuse.
Jean-Christophe Savattier et François-Xavier Beuzon
Qui est vraiment Noz ? Un vendeur d’articles de bazar ou une société immobilière ? Le faillitaire et déstockeur (132 magasins répartis sur 56 départements), implanté depuis plusieurs mois sur l’ex-site Matra Automobile de Plaisance à Romorantin, “a vraiment réussi un très joli coup en Loir-et-Cher” observe-t-on sur place. Futura Finances, la société de tête de Rémy Adrion, a en effet acquis les 45 000 m2 de l’usine pour environ 6 M€. Un cadeau, compte tenu de la superficie de l’emprise et des bâtiments acquis, “pratiquement neufs”. Si Noz pratique les prix bas, Futura Finances préfère les loyers élevés : CAT Logistique, occupant d’une partie des lieux, se demande s’il ne ferait pas mieux de déménager pour alléger la facture. Dommage pour Romorantin. Le logisticien est en passe de remplir son contrat : il emploie une dizaine de personnes et devrait monter à une cinquantaine. Les développeurs reconnaissent “avoir perdu la main sur les bâtiments vacants” ; ils ne les proposent d’ailleurs même plus aux candidats à une implantation. Récemment, un centre d’appels a envisagé une installation sur le site de Plaisance. Trop cher. Il a fini par jeter l’éponge devant l’intransigeance de Futura Finances. Si la chasse à la subvention était sport olympique, Noz aurait de bonnes chances de médaille. Mais les pouvoirs publics commencent à être excédés par cette pratique systématique. Ils ont ainsi refusé de verser au groupe la prime d’aménagement du territoire (PAT) demandée : “Il ne pouvait y avoir droit compte tenu de son activité. Elle ne relève pas de l’industrie ou du service à l’industrie… mais du service à un seul client : la nébuleuse Noz. C’est indéfendable !” fulmine Pierre Pouëssel, le préfet de Loir-et-Cher. Car Noz n’exploite pas en propre l’activité logistique de la plate-forme de Romorantin : il l’a externaliexternalisée auprès de deux sous-traitants, les établissements Moreau Père & Fils (environ 50 emplois) et Sologne Traitement (environ 30 emplois). Ces deux sociétés – très faiblement capitalisées – ne seraient en fait que “des faux nez ne possédant que Noz pour client” constate un bon connaisseur du dossier.
Des demandes continuelles
Au total, la bagatelle de six entreprises (stockage, préparation de commandes) sont implantées sur le site pour un total de 120 emplois, dont 90 CDI. Une astuce “qui permet à Noz de quémander des subventions au titre de ces différentes sociétés” reprend notre interlocuteur. La ficelle est un peu grosse mais Noz parvient de temps en temps à ses fins. Une aide de 78 400 € a tout de même été attribuée à Moreau Père & Fils au titre du FRED (Fonds de restructuration de la défense). En revanche, le Conseil régional lui a refusé une subvention de 196 000 €. La convention conditionnait son versement au respect de certaines clauses, comme la diversification du portefeuille commercial. “Elle n’a pas été signée par les responsables de Noz” affirme-t-on à la Région. Tenaces, les responsables de Noz ont déposé en septembre un nouveau dossier de PAT d’un montant de 200 000 €, cette fois pour Sologne Traitement. Une nouvelle fois, la demande a été retoquée par le CIALA (Comité interministériel d’aménagement et de localisation de l’activité industrielle). Le refus aurait d’ailleurs également entraîné la non-acceptation d’une… seconde demande d’aide FRED (75 000 €), toujours au titre de Sologne Traitement. “La notification de cette décision est attendue dans les prochains mois” précise Pierre Pouëssel. Mais lorsque les portes se ferment, Noz tente de passer par la fenêtre : sa direction a déposé… une troisième demande de PAT de 98 000 €, aujourd’hui en cours d’instruction. En Bretagne, les élus du Pays de Vitré (35) ont préféré refuser. Noz les pressait de céder les 24 000 m2 d’une ancienne usine Mitsubishi Electric pour 4,8 M€. Objectif officiel : transférer le siège social et la plate-forme logistique de Loiron (53), commune située à une trentaine de kilomètres de Vitré. Le projet aurait entraîné le déplacement de 300 salariés et la création – hypothétique – de 200 emplois. Pour les élus bretons, “après le déploiement de Noz, il devenait impossible de diversifier l’activité. Le rachat des locaux, présenté comme tout ou rien, entraînait le départ de deux entreprises (Arienus et Mobiltron) que nous avions accompagnées”. Noz table sur la création de 70 magasins supplémentaires au cours des deux prochaines années. La direction s’est donc mise à la recherche d’un nouveau point de chute dans le grand Ouest… avec, sans doute, toujours en tête l’idée de réaliser une affaire immobilière juteuse.
Jean-Christophe Savattier et François-Xavier Beuzon











