La décision prise par Philips de fermer son site drouais à quelques semaines des élections régionales a provoqué une tempête médiatique d’une rare intensité.
Cette mauvaise gestion de l’agenda politico-social a fait de l’usine un symbole de résistance aux délocalisations industrielles… et du bassin drouais une poudrière sociale.
La réouverture du site Philips EGP de Dreux, décidée par le tribunal de grande instance de Chartres le 19 février dernier sur saisine des salariés, a constitué l’épilogue provisoire d’un incendie politico-médiatique de grande ampleur attisé par la proximité des élections régionales de mars.
La direction du groupe Philips, qui a décidé de précipiter – une veille de week-end ! – la fermeture de cette usine de 212 salariés dans une parodie de lock-out, s’est montrée bien mal inspirée. Certes, les négociations entamées dans la foulée de l’annonce de la fermeture du site – en septembre dernier – patinaient en dépit de réelles avancées, notamment une proposition d’indemnisation extra-légale par salarié licencié tournant autour des 50 000 €, et même de 56 000 € pour les plus chanceux. Mais était-il si urgent, en cette période pré-électorale, d’agiter le chiffon rouge ?
Car rien n’a manqué : le ministre de l’Industrie Christian Estrosi, désigné démineur en chef par Nicolas Sarkozy, s’est immédiatement porté au chevet de l’usine blessée devant les journalistes rameutés, réclamant une réouverture du site et la reprise des négociations. Les responsables politiques locaux ont emboîté le pas et instrumentalisé l’événement avec plus ou moins de succès : l’exécutif socialiste régional n’a pas manqué de clouer au pilori la politique gouvernementale, tandis que la droite pointait ses flèches sur l’immobilisme régional en matière de développement économique.
Pour faire bon poids, on a même eu droit à un ersatz de débat sur les vices et vertus de l’autogestion, les salariés ayant tenté en début d’année 2010 et pendant une dizaine de jours de relancer seuls – en dépit de la désapprobation de certains de leurs délégués syndicaux – la production de téléviseurs LCD. «Un vrai cirque, de A à Z », résume un promoteur local du développement économique.
Les responsables syndicaux de l’usine Philips ne pensaient pas être placés dans d’aussi belles conditions: « La direction de Philips EGP a commis une erreur magistrale de communication, mais c’est son affaire» savoure Manuel Georget, délégué CGT du site et tête de liste en Eure-et-Loir du Nouveau parti anti-capitaliste (NPA), qui se souvient que le précédent plan social mis en œuvre par la direction (279 postes supprimés) « avait été annoncé au lendemain des… municipales de 2008 ».
Du coup, les syndicalistes placent désormais la barre très haut : « Le TGI a désavoué la direction de Philips qui tentait d’isoler l’activité déficitaire de Dreux hors de la branche électronique grand public, globalement bénéficiaire. Elle doit donc tirer les leçons de ce jugement, revenir sur sa décision de fermeture et ramener des volumes de fabrication délocalisés en Europe centrale sur Dreux », jubile Manuel Georget, qui relaie naturellement les mots d’ordre du parti qu’il représentera le 14 mars.
Plus qu’embarrassée par cet emballement, la direction du groupe néerlandais – qui, par la voix de son représentant en France, a confirmé son intention de fermer le site – va donc devoir reprendre langue avec les syndicalistes « dans un contexte d’occupation de l’usine… approuvée par la justice » se désole un proche collaborateur du député-maire de Dreux, Gérard Hamel. « Les projets de ré-industrialisation et de revitalisation du site vont prendre du retard et nous projetons à l’extérieur une image de chaudron social. C’est une parfaite réussite ! » s’étrangle-t-il.
Le plus triste de ce spectacle, sur fond de détresse humaine, est bien que les faux espoirs donnés aux salariés du site – qui « de toute façon fermera ses portes », martèle Gérard Hamel – risque de transformer ce théâtre d’ombres médiatique en jeu de dupes…










