Rififi sur le tarmac de l’aéroport de Tours

La CCI, qui cogère l’aéroport de Tours avec Tour(s)Plus et le Conseil général, s’inquiète du peu d’empres-sement du Département à régler sa contribution au fonctionnement de la plate-forme. La pression des élus écologistes va-t-elle faire éclater le fragile consensus politique sur le sujet ?

2-06-10 - L’aéroport de Tours Val-de-Loire risque-t-il la sortie de piste ? Il se trouve en tous cas au cœur d’une controverse politique qui nourrit l’inquiétude de ses promoteurs. Pourtant, la plate-forme était parvenue, depuis l’installation de la compagnie low-cost Ryanair, à sortir de sa torpeur. Elledraine aujourd’hui environ 110 000 voyageurs par an… contre à peine 3 000 en 2003.
La CCI Touraine, qui gère l’équipement aux côtés de la communauté d’agglomération Tour(s)Plus et du Conseil général, tous trois actionnaires de la Semaval, la société d’économie mixte en charge de la plate-forme, tire la sonnette d’alarme.
L’organisme consulaire aurait toutes les peines à obtenir du Conseil général le mandatement de 342 000 € dû au titre du premier semestre 2010. Une somme composée à la fois de la subvention d’équilibre permettant de faire fonctionner l’aéroport et des fameux et décriés « frais de marketing », qui désignent pudiquement la subvention (10 € par billet) attribuée par la Semaval à Ryanair.
Les Irlandais exigent, en effet, une contribution de cet ordre pour exploiter les quatre dessertes régulières (Londres, Dublin, Porto et Marseille) qui affichent un taux de remplissage de 85%.
« La présidente du Conseil général, qui doit composer avec ses amis écologistes hostiles au transport aérien, est entrée en campagne électorale. Elle se situe d’ailleurs dans une certaine continuité puisqu’elle n’a jamais manqué d’émettre de lourdes réserves à l’aide apportée par les collectivités à Ryanair », affirme Roger Mahoudeau, président de la CCI et conseiller régional UMP.
« Si Claude Roiron est entrée dans la campagne des cantonales, Roger Mahoudeau a, lui, du mal à sortir de celle des régionales», indique de son côté Alain Dayan, le délégué socialiste de Tour(s)Plus qui préside la Semaval. Les amis d’Hervé Novelli (UMP), qui briguait le fauteuil orléanais de François Bonneau (PS), n’ont pas manqué, il est vrai, de stigmatiser les divergences – réelles – opposant les socialistes régionaux à leurs alliés d’Europe-Ecologie, très remontés contre l’activité aéroportuaire. « Pour ma part, je préfère m’en tenir aux délibérations budgétaires du conseil d’administration de la Semaval…  votées par le représentant du Département » poursuit Alain Dayan. Selon lui, c’est donc acquis, madame Roiron paiera! La présidente, mutique sur le sujet, aurait même fait savoir par la bande que le Département « tiendrait ses engagements ». Pourtant, Claude-Pierre Chauveau, le zélé vice-président du Conseil général qui le représente à la Semaval, a récemment démissionné de ce mandat. Par crainte d’être désavoué par son imprévisible présidente ?
Heureusement, Jean Germain, le président de Tour(s)Plus, a bruyamment fait part de son soutien à l’aéroport tourangeau, « pierre angulaire du développement économique de l’agglomération ». Une position qu’il devra sans doute justifier… à Orléans – le maire de Tours est également vice-président du Conseil régional –  vis-à-vis de ses «amis» écologistes.
Une autre question financière risque d’échauffer les esprits : celle relative à la procédure de liquidation de l’actuelle Semaval qui sera remplacée, le 1er juillet, par une nouvelle société d’économie mixte. « Cette liquidation va contraindre l’ensemble des actionnaires à solder le passif qui, globalement, s’élève à 1,5 M€ et dont une part significative est composée d’avances en compte courant effectuées par la CCI Touraine. Compte tenu de l’état d’esprit de certains, cette perspective me rend un peu nerveux!» s’inquiète Roger Mahoudeau.
La nouvelle entité comptera à son capital le Conseil régional, le Conseil général et Tour(s)Plus, chacun à hauteur de 28,5 %, et la CCI Touraine à hauteur de 14,5 %. Elle confiera la gestion de l’aéroport Tours Val-de-Loire à un opérateur privé qui vient d’être désigné dans le cadre d’une délégation de service public (DSP).
Avantage de l’opération, les fameux « frais de marketing » tant décriés ne seront pas versés directement par les collectivités à Ryanair, mais par l’opérateur. Un artifice qui sauve les apparences et ménage les susceptibilités sans rien changer sur le fond ! Reste que les deux représentants de la Région Centre qui siègeront au futur conseil d’administration seront vraisemblablement le communiste Jean-Michel Bodin, dont on connaît l’attachement… au transport ferroviaire, et Christophe Rossignol, un élu d’Europe-Ecologie qui combat la plate-forme aéroportuaire tourangelle. Avec un équipage comme celui-là, il y aurait bien de quoi aller au crash …


 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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