La bouture entre la rose et les verts régionaux prendra-t-elle ?

Victorieuse des élections régionales, la gauche part pour un mandat qui sera peut-être écourté par la réforme des collectivités territoriales. Qu’il soit de 4 ou 6 ans, le bail de l’exécutif conduit par François Bonneau suscite quelques interrogations. L’influence du courant écologiste n’est pas une des moindres.

31-03-10 - En dépassant de finalement 11 voix la majorité absolue des suffrages exprimés le 21 mars, la liste réunissant l’ensemble des partis de gauche a réussi à se forger in extremis une légitimité totale, là où ses devancières de 1998 et de 2004 avaient échoué. Pourtant, la liste Bonneau de 2010 recueille près de 75 000 voix de moins que la liste Sapin de 2004 ; mais grâce à l’abstention, la première réunit tout juste 50 % des suffrages exprimés, tandis que la seconde avait dû se contenter d’un relatif 49,15 %.
La majorité issue des urnes sera donc composée de 49 conseillers régionaux sur 77, soit un gain d’un siège par rapport à 2004. La droite gagne 2 points (36,46 % contre 34,39 %) et également un siège (21) par rapport à 2004 (13 élus UMP et 7 de l’UDF). Ces gains se font au détriment du Front national (13,54 % des voix et 7 sièges), en retrait assez sensible par rapport à 2004 (16,46 % et 9 sièges) et 1998 (15,88 % et 13 sièges avec un scrutin à un seul tour). Quel sera le mode de gouvernance de la majorité composite de François Bonneau ? Si le ticket qu’il forme depuis 2007 avec le premier vice-président et maire de Tours Jean Germain a été reconduit à la tête de l’exécutif, il faudra probablement composer beaucoup plus qu’auparavant avec Europe-Ecologie, voire avec le Front de gauche, qui ont tout de même fourni à eux deux 40 % des électeurs de François Bonneau le 21 mars.
Si la fédération Europe-Ecologie pouvait s’estimer déçue de ses 11,66 % par rapport aux estimations qui les créditaient plutôt de 13 ou 14 % des suffrages, le Front de gauche a consolidé son résultat des élections européennes de l’an passé (7,53 % cette fois, contre 7,12% aux Européennes, et surtout 9 000 électeurs de plus). Le parti communiste a d’ailleurs parfaitement réussi son pari, en marginalisant l’extrême-gauche, réduite à la portion congrue au premier tour, et en interdisant au MoDem l’entrée de la maison commune. Entre les deux tours, les communistes se sont d’ailleurs habilement débarrassés des amis de Jean-Luc Mélenchon pour s’accaparer, seuls, les 8 places allouées au Front de gauche. Seule déconvenue, ils perdent 5 sièges dans la nouvelle assemblée et aussi 2 de leurs 4 vice-présidences. Celle à la culture, qu’ils auraient bien aimé récupérer, ne leur a pas été accordée. Car, pour prix de leur indépendance du premier tour, les communistes ont dû se replier sur le plus petit périmètre de leur pré carré ; ils se contenteront donc de la vice-présidence en charge des transports – clientèle cheminote oblige – confiée à l’inoxydable Jean-Michel Bodin, et de celle à la jeunesse et aux sports – dispensatrice de subventions, et donc de soutiens du monde associatif – attribuée de nouveau à François Dumon.
Europe-Ecologie gagne les 2 vice-présidences enlevées au PCF et aura donc 3 vice-présidentes (Michelle Rivet au développement durable, Pascale Rossler à la nature, à la Loire et au tourisme et Chantal Rebout à l’éducation et aux lycées) et 1 vice-président (le tourangeau Gilles Deguet, qui sera en charge de l’Agenda 21, de l’énergie et du climat). Mais ces derniers pourraient embarrasser la tête socialiste de l’exécutif. La fédération Europe-Ecologie, issue comme il se doit de la biodiversité avec un mix subtil de vieux routiers de l’écologie politique, de militants du monde associatif, de jeunes loups du combat pour la protection de la nature et d’un zeste d’inclassables, devra apprendre à composer avec les autres membres de la majorité et aussi à l’intérieur de son propre groupe. Le risque ? Aboutir à un éclatement, comme à la fin du mandat 1998-2004, où les Verts siégeaient en ordre dispersé.
Leur chef de file Jean Delavergne a déjà prévenu ses alliés « qu’il y a des sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord ». C’est le cas du projet de réacteur nucléaire de nouvelle génération (EPR) de Belleville-sur-Loire que les écologistes jugent « pas au point et dangereux », du passage de la RN 154 en autoroute et des subventions aux compagnies aériennes, surtout quand elles sont low cost et irlandaises. Le maire de Tours, qui a jusqu’à présent réussi, au prix de quelques contorsions budgétaires, à sauver la dotation de la Région à Ryanair, pourra-t-il continuer à faire voter ce ballon d’oxygène de l’aéroport de Tours-St-Symphorien ? Jean Delavergne a promis qu’il veillerait au respect de l’accord gelant toutes subventions aux aéroports, y compris « les indirectes ». A bon entendeur.
D’autres promesses écologistes ont été escamotées entre les deux tours de scrutin. La création de 10 000 emplois « verts et non délocalisables » est devenue, dans le programme détaillé le 26 mars par François Bonneau, « un soutien aux emplois non délocalisables et notamment ceux liés à l’économie générée par la prise en compte des enjeux environnementaux ». Formule alambiquée mais prudente, et surtout sans chiffrage. La real politik PS a pris le dessus et l’exécutif n’aura pas à justifier d’un écart comptable au débouclage de la mandature, en 2016… ou en 2014.
Car la majorité part dans l’inconnu. Est-elle en place pour 6 ans ou pour 4 ? Après la publication de son rapport, Edouard Balladur suggérait que la réforme renouvelant l’ensemble du collège électoral des conseils régionaux et généraux soit appliquée dès 2014. Ce qui, de facto, réduirait le mandat régional en cours d’un tiers. Aux dernières nouvelles, moult sénateurs, de droite comme de gauche, se feraient tirer l’oreille pour soutenir le projet. Rien n’est donc fait et François Bonneau est peut-être parti pour durer 6 ans.
 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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