Sortie de route pour la filière automobile régionale

Cette fois, plus de doute. La crise de l’industrie automobile est installée… et violente. Après les déboires des derniers mois (lire, à ce propos, le Point de Vue de notre dernière édition), deux emblèmes de la filière régionale, Ranger France à Theillay (41) et Eurostyle au Poinçonnet (36), viennent d’être placés en redressement judiciaire. Près de 1 000 emplois sont en jeu.

La filière automobile régionale prend l’eau de toutes parts. Confrontés à une grave détérioration de la charge et à des problèmes récurrents de compétitivité, les équipementiers et leurs sous-traitants – qui emploient sur notre territoire la bagatelle de 40 000 salariés – collectionnent les sorties de route depuis plusieurs semaines.
Dernier accident en date, Ranger Group, l’équipementier transalpin, vient de déclarer en cessation de paiements sa filiale Ranger France implantée à Theillay, près de Romorantin (41), où elle emploie 450 salariés en CDI et une trentaine d’intérimaires. L’usine solognote – ex Matra-Venture Composite –, spécialisée dans la fabrication de pièces composites pour les constructeurs de voitures particulières (Renault et PSA) et de camions (Iveco, Man), connaissait des problèmes de charge depuis plusieurs semaines “qui se sont traduits par la réduction spectaculaire du nombre d’intérimaires qui s’élevait à près de 130 à la fin septembre 2008” nous précise un délégué syndical CGT. A l’heure où nous écrivons ces lignes, les représentants du personnel indiquaient qu’aucune suppression d’emploi, ni une éventuelle cession du site n’avaient encore été évoquées par la direction mais jugeaient “que ces éventualités seront rapidement mises à l’étude par l’administrateur judiciaire et la maison mère italienne”. Dans une précédente édition, nous évoquions l’hypothèse d’une reprise de Ranger Group par le fonds d’investissement dirigé par l’homme d’affaires Carlo de Benedetti, “une affaire aujourd’hui très mal engagée” nous assure notre source syndicale. Depuis sa reprise à la barre du tribunal de commerce, en 2003, l’usine de Theillay avait réussi à remonter la pente, en passant en cinq ans de 250 salariés à près de 450 collaborateurs aujourd’hui.
Des problèmes de charge expliquent également les graves difficultés de l’équipementier automobile Eurostyle, spécialisé dans la fabrication d’ensembles et de sous-ensembles en plastique et tissu pour les intérieurs automobiles. La société, dont le siège social se trouve à Verrière-le-Buisson (91), exploite deux sites industriels à Châteauroux-Le Poinçonnet (36) et à St-Clément (91), employant respectivement 500 et 200 salariés. Elle vient d’être placée en redressement judiciaire par le tribunal d’Evry. Le groupe, racheté l’an passé à l’allemand Möller par son compatriote, le fonds d’investissement Arques, “a pris de plein fouet la baisse des cadences de fabrication de la Laguna produite à Sandouville” explique un représentant du personnel. Ce modèle représente en effet 40 % de la charge du site castelroussin. A l’origine, Renault avait projeté de produire 650 Laguna chaque jour : “Nous sommes aujourd’hui à moins de 180 unités quotidiennes” estiment les délégués syndicaux. Un premier plan social – sur la base d’une cadence de 500 Laguna assemblées par jour – prévoyait la suppression de 106 emplois (80 à Châteauroux, 26 à St-Clément) avant d’être retiré en raison de la dégradation de la situation. “La crise financière a, de surcroît, empêché la direction de réaliser une opération de lease-back sur les locaux, ce qui a entraîné la cessation de paiement” résume un proche du dossier qui n’exclut pas une restructuration de grande ampleur. Consolation : les syndicats auraient obtenu de la direction générale le maintien de tous les sites de production. Eurostyle exploite en effet, outre Châteauroux et St-Clément, deux unités plus modestes à Falaise (14), où travaillent environ 30 personnes, et à Valenciennes (59) qui emploie 300 collaborateurs.
Ces deux sinistres s’ajoutent évidemment aux incertitudes qui pèsent sur Montupet à Châteauroux, où le groupe a annoncé son intention de céder son activité jantes (cf. LV n°485), à celles soulevées par Hutchinson à Châlette-sur-Loing (45), où 500 emplois sont sur la sellette, et à l’inquiétude des salariés de Paulstra à Vierzon (18) et à Châteaudun (28). Sans oublier, bien entendu, la fermeture ou la cession des usines d’emboutissage ThyssenKrupp Sofedit de Vendôme (41) et d’Amilly (45), annoncées en mars dernier (cf. LV n° 471). Cette descente aux enfers de la filière fragilise, bien sûr, tous les sous-traitants, y compris ceux de second rang. Hervé Ripoche, le pdg de Ripoche Industries (69 collaborateurs), une entreprise spécialisée dans le découpage et l’emboutissage pour l’automobile et implantée à Châtenay et à Sainville, deux communes d’Eure-et- Loir, nous indique qu’il “espère au mieux maintenir son CA en 2009 (environ 9 M€)”. Il a évidemment placé en veilleuse tous ses projets de développement. “Nous espérons être retenus comme fournisseur de second rang de la future usine que Renault souhaite installer au Maroc, ce qui nous amènerait à implanter sur place un magasin, mais rien n’est fait…

 

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Sur les rails

Le temps du débat est terminé, place à la décision. La ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL) est bien sur les rails. Si un consensus régional s’était dégagé en faveur du tracé Ouest, qui a l’avantage, contrairement aux trois autres tracés proposés, de desservir à la fois Orléans, Vierzon et Bourges, c’est probablement un cinquième scénario qui sera privilégié. Car RFF devra tenir compte des souhaits de tout le monde, y compris des Auvergnats… et de la SNCF, qui veut tirer au plus court pour gagner de précieuses minutes entre Paris et Lyon.
Jusqu’à présent, la concertation a été exemplaire et le débat a constitué un moment fort de démocratie participative. Formons le vœu que la préoccupation d’aménagement du territoire soit autant prise en compte que les intérêts commerciaux de la SNCF : le développement d’Orléans, Bourges et Clermont valent bien cinq minutes de gagnées. 
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