Christian Saint-Etienne : distinguer la protection individuelle de la protection collective

L’économiste Christian Saint-Etienne, professeur des Universités (Paris-Dauphine et Tours) et président de l’Institut France Stratégie, distingue ce qui relève de la protection sociale individuelle, qui doit être financée par des cotisations assises sur le travail, et ce qui relève de la protection collective (y compris l’assurance-maladie) qui peut l’être par un mix de CSG et de TVA sociale. En revanche, il est opposé à une cotisation assise sur la valeur ajoutée produite car, rappelle-t-il, “la valeur ajoutée est facilement délocalisable”.

La Lettre Valloire : Le projet du chef de l’Etat est “de basculer une fraction des cotisations patronales sur une cotisation assise sur l’ensemble de la valeur ajoutée des entreprises”. Dans l’attente de ses modalités exactes, que pensez-vous du principe ?

Christian Saint-Etienne : L’idée de modifier la nature du financement de la protection sociale est bonne dans un contexte de globalisation de la production. On ne peut mettre à la charge du seul facteur travail le financement de politiques sociales bénéficiant à l’ensemble de la population. Il faut d’ailleurs préciser l’objet de la réforme avec une grande rigueur. La protection sociale se scinde en protection individuelle et en protection collective. La protection individuelle, c’est-à-dire la protection qui bénéficie directement aux salariés assurés, comprend l’assurance-vieillesse, l’assurance-chômage et l’assurance contre les accidents du travail. Elle doit être financée par des cotisations assises sur le seul travail. La protection sociale collective bénéficie à l’ensemble de la population : actifs, inactifs, résidents légaux, voire illégaux. Il s’agit de l’assurance-maladie, de la politique familiale, de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, ou des prestations d’invalidité. Si l’on retient le principe de financements affectés, la CSG, assise sur l’intégralité des revenus directs et de substitution, doit financer l’assurance-maladie, l’invalidité et la politique familiale (maternité comprise) car il s’agit d’opérer une redistribution uniquement horizontale entre malades et bien-portants, ou entre ménages avec et sans enfants. Seule la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale relève d’une redistribution verticale et peut être financée par l’impôt sur le revenu. Dans ce cadre précis, on peut envisager un financement de la protection sociale collective, hors lutte contre la pauvreté, par un mix de CSG et de TVA sociale. Et c’est à propos de la seule protection sociale collective, hors pauvreté, que l’on peut s’interroger sur l’intérêt d’adjoindre un troisième moyen de financement via une cotisation sur la valeur ajoutée. Financer la protection sociale individuelle par une cotisation collective, comme la CSG, serait gravement inéquitable. Financer la protection sociale collective par des cotisations individuelles sur le travail est tout aussi inéquitable.

LV : L’opération sera-t-elle neutre pour le salarié ?

C. S.-E. : Si l’on passe d’un financement de la protection sociale collective par des cotisations sur les salaires à un financement par la CSG ou la TVA, les salariés seront gagnants car on élargit la base de financement à tous les revenus.

LV : En 1998, le gouvernement Jospin avait renoncé à une cotisation sur la valeur ajoutée, suite au rapport Malinvaud. Qu’en penser aujourd’hui ?

C. S.-E. : Le rapport Malinvaud reste d’actualité. Une cotisation sur la valeur ajoutée serait la pire façon de financer la protection sociale collective car la valeur ajoutée est facilement délocalisable. On veut lutter contre la délocalisation en actionnant une machine à délocaliser !

LV : Dans ce cas, doit-on faire appel à la TVA sociale pour financer la protection sociale collective, hors lutte contre la pauvreté ?

C. S.-E. : Cela me paraît judicieux car la TVA est payée sur ses produits par l’industriel chinois, comme par l’industriel français (même si comptablement, la TVA est prélevée sur la consommation). Mais deux remarques s’imposent : - la CSG, à large base et frappant tous les revenus, est le moyen le plus efficace et le plus équitable pour financer la protection sociale collective ; - la TVA doit être réformée pour compléter la CSG dans le financement de la protection sociale collective hors lutte contre la pauvreté.

LV : A propos de TVA, êtes-vous favorable à la multiplication des régimes dérogatoires (bâtiment, restauration…) ?

C. S.-E. : On ne peut généraliser le taux réduit de TVA à toutes les activités de service dans le contexte d’une grave crise des finances publiques. Il faut donc moderniser la structure des taux de TVA. Les taux actuels de 5,5 % et 2,1 % devraient être consolidés à 8 %, pour ne pas bouleverser l’activité de ces secteurs et les inscrire dans une structure cohérente, le taux normal étant porté à 20 %. On pourra aménager la transition pour les activités les plus sensibles. Reste un taux intermédiaire qui pourrait s’appliquer à toutes les activités à haute intensité de main d’oeuvre. Il serait fixé à 14 %. Il s’agit à la fois de lutter contre le travail au noir et de tenir compte de ce que beaucoup de ces activités sont réalisées par des travailleurs indépendants ou des TPE. La structure de TVA (8 %, 14 %, 20 %) ou 8 %, 15 %, 22 % (pour réduire plus massivement les cotisations sociales) est cohérente au plan interne ; elle protège les emplois soumis à la compétition internationale.
 

Cotisations assises sur la valeur ajoutée : les experts-comptables régionaux sont réservés

Les experts-comptables régionaux accueillent avec réserve l’idée d’un basculement des cotisations sociales sur la valeur ajoutée. Ils craignent que la mesure appliquée sans pondération pénalise le secteur des services.

“Il faut peser les effets induits” avertit François Belin, expert-comptable et commissaire aux comptes à Dreux, réservé, comme la plupart de ses confrères, sur une cotisation prise sur la valeur ajoutée des entreprises. Il estime qu’un basculement appliqué sans pondération “risque de défavoriser des entreprises fortement créatrices de valeur, notamment dans le domaine des prestations intellectuelles”. Elles seraient alors “tentées par des délocalisations… le mouvement étant déjà bien engagé “. Selon Jean-Pierre Boisseau, dirigeant du cabinet Audit Expertise Conseil, “une éventuelle réforme devra être progressive. Je préconise plutôt un système mixte composé d’une cotisation sur les salaires et d’une cotisation sur la valeur ajoutée, pondéré en fonction des secteurs”. Jean-Pierre Boisseau avertit : “Le système doit être simple et lisible par les chefs d’entreprise. Attention à ne pas ajouter de la complexité... à la complexité”.

 

Selon la Drire, les industriels régionaux polluent moins

La Drire dresse un bilan satisfaisant de l’environnement régional à fin 2004. Les industriels font des efforts, parfois spectaculaires, pour réduire leurs émissions ou leurs prélèvements dans le milieu naturel. Au prix d’investissements lourds, fruit d’une prise de conscience accrue des entreprises. Vous avez dit développement durable ?
 

Un schéma économique régional sans souffle novateur

La réflexion conduite par le Conseil régional pour définir les contours d’un “schéma régional de développement économique et social” aboutit à un résultat mitigé. Quelques bonnes intentions mais un manque de souffle et beaucoup de redites. Il est surtout dommage de s’être détourné du seul regard susceptible d’éclairer vraiment l’avenir de l’économie régionale : celui des entrepreneurs.
 

Le social met les budgets des Départements sous tension

Les dépenses sociales explosent dans les Départements. La prise en charge par les collectivités de nouvelles mesures prévues par la loi sur le handicap va aggraver la tendance.

Les élus préparent l’opinion et leurs partenaires à la mise en oeuvre de budgets de rigueur. “Finies les vaches grasses” : Marc Pommereau, le président (DVD) du Conseil général d’Indre-et-Loire, n’a pas mâché ses mots à l’occasion de la présentation des orientations budgétaires du Département. Confrontée à l’explosion des dépenses sociales – qui dévorent déjà près des deux tiers du budget –, la collectivité ne pourra équilibrer ses comptes “sans recourir, soit à une grande rigueur dans les dépenses, soit à l’accroissement de l’endettement qui se situe déjà à un niveau important, soit à l’augmentation de la pression fiscale. Ou un peu des trois…”. Ailleurs, ce n’est pas mieux. Maurice Leroy, le président (UDF) du Conseil général de Loir-et-Cher, prévenait dernièrement dans nos colonnes (cf LV n° 417) que le ratio de l’aide sociale rapporté au budget général “devrait monter à 60 %, voire à 70 % avec la loi sur le handicap”.

 

Vente à distance : Redcats investit, Quelle recule

Si le leader Redcats et son fleuron La Redoute semblent avoir trouvé la bonne formule pour s’adapter à la poussée du commerce en ligne, Quelle, n°4 de la vente à distance en France, peine à redresser la barre dans l’attente d’un repositionnement commercial.

Curieuse coïncidence. Au moment où le groupe de vente à distance Redcats affiche sa bonne santé – concrétisée notamment par un investissement majeur à Blois, siège historique de sa filiale la Maison de Valérie (voir à la page 3 de cette édition) – la filiale française de son concurrent allemand Quelle annonce une nouvelle réduction d’effectif : le site de Saran, près d’Orléans, perdra 170 postes sur 755. Les premières mesures de restructuration, il y a tout juste un an (cf LV n° 396), n’auront donc pas suffi : Quelle France, qui cumule sur les trois derniers exercices environ 39 M€ de pertes et a perdu 15 % de son chiffre d’affaires en un an, doit mettre en place une nouvelle stratégie sous peine de disparaître. Le groupe allemand KarstadtQuelle, en guère meilleure santé que sa filiale France, a accepté le principe d’une recapitalisation de 45 M€.

 

Ikea à Tours : un magasin au centre de rivalités politiques

La confirmation de la venue d’Ikea à Tours pourrait être une bonne nouvelle. Mais le choix discutable du site d’implantation du magasin ternit l’annonce triomphale du maire de la ville et président de la communauté d’agglomération. Quand les maladresses et les querelles de personnes se substituent à la logique...

Objet de toutes les convoitises, le spécialiste de l’équipement de la maison Ikea a donc préféré Tours à la commune banlieusarde de Chambray, où l’on préparait pourtant sa venue depuis les premiers contacts noués en 2002. Si le dossier passe les différents obstacles administratifs qui se dressent devant sa route (CDEC puis – éventuellement – CNEC, études d’impact et enquêtes publiques nécessaires à la création de nouvelles voiries...), Tours aura donc son magasin Ikea de 20 000 m2 à la Noël 2007. La direction du groupe suédois précise que de ce projet découleront la création de 250 à 260 emplois directs, d’une quarantaine d’emplois indirects et 40 M€ d’investissements. Cette annonce met fin à une longue période d’incertitude et à un combat des chefs que nous avions été les premiers à révéler (“Chambray se préoccupe de l'ancien Rallye”, à la page 7 de LV n°411 du 27 juillet dernier). Pour autant, tout est-il vraiment réglé ?

Le choix du terrain, une bande de terre de 6 ha coincée entre le Cher, l’autoroute A 10, le parc des expositions de Rochepinard et le centre commercial des Atlantes, est hautement discutable. Certes, le maire de Tours évoque une nouvelle voirie et “des aménagements routiers sur l’autoroute A 10” pour faciliter l’accès d’un magasin qui attirera quotidiennement plus de 30 000 visiteurs, soit l’équivalent de deux hypermarchés. Mais selon les premières estimations, des infrastructures de ce type – qui doivent au préalable recueillir l’avis favorable de Cofiroute et des propriétaires de terrain concernés – multiplient par quatre ou cinq le coût supporté par la collectivité par rapport au projet chambraysien. Celui-ci, qui prévoyait le réaménagement des entrées sud et ouest de la zone commerciale de la Vrillonnerie – la principale de l’agglomération tourangelle, avec un hypermarché Auchan et de nombreuses GMS – ainsi que la création d’un pont au-dessus de l’A 10 et des équipements divers, entraînait pour Tour(s)Plus une dépense d’environ 1,5 M€.
 

Vierzon et Bourges misent aussi sur la logistique

Vierzon et Bourges ont fait du développement de la logistique un de leurs principaux atouts. Les collectivités s’engagent dans la viabilisation de vastes zones d’activité en pariant sur l’attractivité des dessertes autoroutières.

Pénalisé par l’inexorable déclin de son industrie de défense – comme en témoignent les récentes suppressions de postes annoncées par MBDA –, le Cher cherche à sortir de sa culture mono-industrielle en misant sur le développement d’autres activités. “Nous accompagnons la tertiarisation de l’économie” plaide Patrick Senée, directeur du développement économique et de l’urbanisme de la jeune communauté d’aggl
 

Le Monde s’intéresse au rachat de Frans Bonhomme, une discrète entreprise tourangelle

Le rachat de l’entreprise de Joué-lès-Tours Frans Bonhomme par le britannique Cinven a intrigué Le Monde, qui lui a consacré lundi 24 octobre un long papier. Depuis l’entrée de Butler Capital dans le tour de table de la SNCM, le célèbre quotidien s’est trouvé un nouvel ennemi à pourfendre : les fonds d’investissement.

Après les patrons voyous, voici venu le temps des fonds d’investissement prédateurs. Walter Butler et sa société Butler Capital Partners, co-repreneurs de la SNCM, en sont les héros involontaires.
 


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Redécollage

Ce début d’été est tellement morose qu’on se réjouit du moindre signe annonciateur de reprise des affaires. Dans ce domaine, le salon aéronautique de Farnborough pourrait bien dessiner les contours de l’arc-en-ciel tant attendu. Airbus, comme Boeing, annoncent d’ores et déjà des commandes importantes, signe patent, selon le directeur commercial du consortium européen,  « que l’économie mondiale se redresse».
La région Centre, riche en sous-traitants de l’industrie aéronautique, devrait profiter de ce redécollage de la filière. Certes, les commandes attendues proviennent surtout d’Asie et d’Amérique latine, mais il serait indécent de faire la fine bouche. Pour ce qui concerne le marché européen, il est encore un peu tôt pour se frotter les mains. D’autant que si les commandes de l’aviation civile, encore convalescente, ne sont plus celles des années fastes, les commandes militaires sont en chute libre pour cause de restriction budgétaire.                                             

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