Le projet de “Carré des Marques” à Romorantin, entré dans la phase d’enquête publique, suscite l’opposition farouche des milieux consulaires. Revue des forces en présence avant la réunion de la CDEC qui pourrait intervenir à la fin 2007 ou au début 2008.
Jeanny Lorgeoux, le maire PS de Romorantin, “n’en doute pas”. Le “Carré des Marques”, ce village regroupant près de 85 magasins de prêt-à-porter et de textile sur une surface de vente de 18 000 m2, se fera bien sur la ZAC des Grandes-Bruyères et permettra ainsi, avec ses 300 emplois annoncés, d’effacer les années de galère que connaît le bassin d’emploi local depuis la fermeture de Matra Automobile. Le projet, qui vient d’entrer dans la phase d’enquête publique, est séduisant sur le papier : l’offre d’un village de marques, composée de fins de séries ou d’anciennes collections, est “susceptible de générer des flux qui dépassent le cadre de la clientèle locale” indique un porteparole d’Unibail-Rodamco, le promoteur de ce projet qui exploite plusieurs sites de format comparable : Vélizy (78), Coquelles (59) et Séville, en Espagne. “Le site de Romorantin s’appuiera sur une zone de chalandise de 1,4 million d’habitants calculée à partir de la distance maximum d’un trajet automobile de 1h15 mn” affirme-t-on chez Unibail où l’on décline tous les atouts de la localisation du site. “La fréquentation touristique annuelle de la Sologne et des environs s’élève à environ 9 millions de visiteurs et nous comptons bien nous appuyer sur cet acquis pour développer une véritable stratégie de tourisme économique”. N’en déplaise aux adversaires de ce projet qui craignent que le Carré ne donne le coup de grâce au commerce local, une telle plate-forme aurait “plutôt tendance à réduire l’évasion commerciale” – mal classique des commerces des centres-villes de Romorantin et de Blois concurrencés par l’offre tourangelle et orléanaise – et à “générer du trafic profitant à l’ensemble des opérateurs, petits ou grands”. Naturellement, ces arguments sont réfutés par les représentants des chambres consulaires régionales qui ont voté une motion d’opposition. Ils ont trouvé en Paulette Picard, présidente de la CCI de l’Indre, un procureur acharné. Les raisons déployées par ces adversaires déterminés sont des plus classiques et des plus prévisibles : risque de disparition définitive des derniers commerces de centre-ville et perturbation inéluctable des fameux “équilibres commerciaux”. “C’est le monde à l’envers, fulmine Jeanny Lorgeoux. J’en suis réduit à adopter une position libérale, tandis que les réseaux consulaires s’acharnent à soutenir une ligne malthusienne et néo-soviétique. Vat- on empêcher un ténor du CAC 40 d’investir au total 52 M€ à Romorantin ?” poursuit, décidément en verve, le maire de Romorantin, avant de prévenir : “Si le projet ne se fait pas en Loir-et-Cher, il se fera ailleurs en région Centre et ceux qui auront oeuvré à cette catastrophe devront rendre des comptes”. D’autant que de nombreux autres investisseurs piafferaient d’impatience et n’attendraient plus que l’arrivée du “Carré des Marques” pour s’installer également sur la ZA des Grandes Bruyères. Dans cette attente, Jeanny Lorgeoux, justement… fait ses comptes. S’il détient, de plein droit, deux voix à la CDEC comme maire de Romorantin et président de la communauté de communes, il devra convaincre son collègue Jean-Pierre Albertini, maire MoDem de Salbris – qui siège au titre de représentant de la commune la plus peuplée de l’arrondissement –, que l’on dit très hésitant. Tout reposera alors (*), devant le front du refus des deux représentants consulaires, sur le vote du représentant des consommateurs : un Blésois ! “Il ne saurait aller à l’encontre de l’intérêt naturel des consommateurs” espère Jeanny Lorgeoux qui peut néanmoins craindre, en cas de succès en CDEC, un recours en commission nationale.