Proche de François Bayrou, le sénateur de Loir-et-Cher et maire de la Chaussée-St-Victor Jacqueline Gourault porte déjà son regard sur l’après- 2007.
Confortée par les nombreuses adhésions recueillies par le MoDem, la présidente de la fédération régionale de l’UDF attend du congrès national prévu cet automne qu’il structure un mouvement qu’elle voit durablement installé dans la vie politique française. Et appelle de ses voeux la création, sous la houlette de François Bayrou, d’un grand parti démocrate. Lettre Valloire : Que vous inspire le changement de camp de Maurice Leroy et, surtout, des deux députés auxquels vous avez servi de mentor en politique, Nicolas Perruchot et Philippe Vigier ? Jacqueline Gourault : Humainement, je suis très déçue. Nous savions très bien que Maurice Leroy, François Sauvadet et Hervé Morin étaient entrés en négociation avec Nicolas Sarkozy plusieurs jours avant le premier tour des élections présidentielles. Des ministères leur avaient été promis. Seul le dernier a été récompensé. La petite phrase tant reprochée à François Bayrou (“Je ne voterai pas pour Sarkozy”) n’a été qu’un prétexte pour lâcher l’UDF. La rupture était déjà consommée. Je suis plus touchée par les défections de Nicolas Perruchot et de Philippe Vigier qui, eux, n’avaient pas d’ambition ministérielle mais seulement celle d’être élus députés. Tout cela pose le problème du mode de scrutin choisi pour représenter les Français à l’Assemblée nationale. François Bayrou a calculé que, sur la base des résultats du premier tour des législatives, nous aurions obtenu 37 sièges en appliquant son projet d’une proportionnelle à 50 %. Avec le système en vigueur en Allemagne, nous aurions même obtenu 64 députés. La position des députés issus de l’UDF n’aurait pas été la même. Aujourd’hui, tout le monde se rallie à l’idée d’une dose de proportionnelle, y compris à l’UMP. L.V. : A propos des trois députés élus sous l’étiquette Nouveau Centre, pourquoi avoir renoncé à présenter des candidats du MoDem sur leurs circonscriptions? J.G. : Nous ne l’avons pas fait pour ne pas ajouter de la confusion à la confusion. Sur le terrain, beaucoup de nos élus travaillent avec eux. Marie- Hélène Millet, par exemple, est adjointe de Nicolas Perruchot à la mairie de Blois et vice-présidente du Conseil général présidé par Maurice Leroy. L.V. : Lors des prochaines échéances électorales, notamment municipales, constituerez- vous des listes MoDem dans les grandes villes ? J.G. : Partout où il est possible de constituer des listes UDF-MoDem, nous le ferons. C’est la position que défend François Bayrou. Partant, des fusions sont possibles entre les deux tours des élections municipales. En 2001, j’ai persuadé Nicolas Perruchot de présenter une liste purement UDF, quitte à la fondre ensuite avec la liste du RPR. Je lui avais dit qu’il battrait Jack Lang de cette façon. Au deuxième tour, le cas échéant, nous réfléchirons à une fusion avec ceux qui seront les plus proches de nos idées. L.V. : Soutenez-vous Yves Clément, frappé d’exclusion de la majorité UMP du Conseil général du Loiret, y compris dans les propos qu’il a tenus sur son blog, demandant notamment de ne pas voter pour Alain Juppé ? J.G. : Je soutiens Yves Clément dans son combat. Tout le monde connaît son dévouement, sa loyauté. Je n’approuve pas les propos que vous me rapportez, s’il les a tenus car je n’en ai pas eu connaissance. Je trouve simplement curieux que, dans le Loiret, on prenne la décision d’exclure de la majorité un membre de l’UDF alors que le gouvernement donne l’exemple inverse en intégrant des personnalités venues de tous les horizons, y compris de la gauche. L.V. : Parmi les militants du MoDem en région Centre, lesquels sont appelés à devenir des cadres du mouvement, y compris au plan national ? J.G. : Nous avons des personnalités très fortes en région Centre. Je citerai Eric Chevée à Chartres, Colette Girard à Tours ou Alain Tanton à Bourges. Et aussi Marc Fesneau, conseiller régional et élu à Marchenoir, dans mon département (Henri Giscard d’Estaing, le fils de l’ancien président de la République, fut, à 22 ans, le plus jeune conseiller général de France, justement à Marchenoir, NDLR). L.V. : Combien de militants compte le MoDem en région Centre ? Quel est leur profil ? J.G. : Je peux d’autant mieux vous répondre que nous avons établi un décompte précis en prévision de la venue à Orléans de François Bayrou, le 5 juillet. Il y a très exactement 1 017 adhérents au MoDem sur l’ensemble des six départements de la région, dont 315 en Indre-et-Loire, le département le mieux représenté. Mais nous avons également recueilli le double (2 073) de pré-adhésions. Au plan national, 46 000 personnes ont adhéré au MoDem, dont seulement quelques-unes en provenance de l’UDF, et nous avions recueilli environ 80 000 pré-adhésions par Internet après les présidentielles. Au meilleur des années UDF, nous avions 30 000 adhérents et il fallait plutôt tabler sur 20 000 ces derniers temps. Le 5 juillet, nous étions 600 à l’Espace Béraire pour accueillir François Bayrou. J’ai pu constater que les nouveaux adhérents étaient souvent jeunes, urbains. Ceux avec qui j’ai pu m’entretenir souhaitent dépasser le clivage gauche-droite. Mais ils veulent un vrai projet de société. La question qui m’a été souvent posée est la suivante : “Comment construire une société française moderne, ouverte à l’Europe ?”. L.V. : Les ponts sont-ils définitivement coupés avec vos anciens alliés de l’UMP? Attendez-vous un geste de leur part ? J.G. : Nous pouvons discuter, au cas par cas, comme nous l’avons toujours fait. L’an passé, aux élections municipales partielles à Bordeaux (8 octobre 2006, NDLR), nous avons soutenu la liste d’Alain Juppé dès le premier tour. Nous sommes des démocrates, cela veut tout dire. D’ailleurs, il faut que nous dépassions cette idée du centre pour devenir un parti démocrate. A certains égards, François Bayrou est beaucoup plus libéral que de nombreux élus de l’UMP. Là où nous rejoignons les sociaux-démocrates, c’est dans le partage. D’un côté, nous affirmons qu’il n’y a pas de meilleur système que l’économie de marché ; de l’autre, nous disons qu’il est nécessaire de partager. Les deux notions ne sont pas incompatibles. L.V. : Les déclarations sur Nicolas Sarkozy de votre ancien adversaire politique Jack Lang, à contre-courant de celles de son parti, vous surprennent-elles ? J.G. (amusée) : Cela ne m’étonne pas de lui. Il a peut-être compris que les clivages sont dépassés... Mais je crois qu’il aime surtout le pouvoir.














