Jean Dumont est depuis cette année président du directoire de la Banque Tarneaud ; il a succédé à Jean-Loup Tarneaud, 67 ans, représentant de la sixième génération de la famille à la tête la banque, qui a pris en même temps la présidence du conseil de surveillance.
Le nouveau patron de cette filiale du Crédit du Nord, présente sur 15 départements du Centre-Ouest, dont l’Indre-et-Loire, l’Indre et le Loir-et-Cher, juge qu’une nouvelle relance de l’économie par la dette publique aurait des effets dévastateurs.
La Lettre Valloire : Quelles leçons tirez-vous de cette nouvelle crise du système financier mondial ?
Jean Dumont : Les investisseurs, et notamment les banques, envoient un message de bon sens aux Etats. On ne peut accumuler indéfiniment des déficits et je dirais, de façon imagée, « que les arbres ne grimpent jamais jusqu’au ciel ». Il faut que les gouvernements prennent à bras-le-corps la question des dettes souveraines et donnent des signaux positifs aux marchés. Jamais il n’y a eu autant de liquidités dans le monde ; une bonne part est aujourd’hui thésaurisée et ne reviendra dans le circuit économique que si les acteurs reprennent confiance. A l’inverse, il serait inopportun que les Etats engagent un nouveau plan de relance. Cela les endetterait un peu plus et la confiance est tellement détériorée que le réflexe d’épargne jouerait au détriment de l’investissement.
La Lettre Valloire : Les banques n’ont-elles pas leur part de responsabilité ? Ont-elles compris la leçon de la crise de 2008 ?
Jean Dumont : Les banques ne sont pas les seuls investisseurs de la planète. La masse des capitaux en circulation est aussi largement détenue par des fonds spéculatifs, des fonds de pension et des compagnies d’assurances. Dans la crise précédente, ils ont largement leur part de responsabilité.
La situation de 2011 est différente de celle de 2008. Les accords de Bâle III, pris en fin d’année dernière, ont eu des conséquences positives sur le monde bancaire ; ils ont obligé les opérateurs à renforcer leurs fonds propres, prenant en compte les effets de levier. Globalement, la situation des banques n’est pas, en cette rentrée 2011, comparable à ce qu’elle était il y a trois ans. Et les banques françaises sont largement dans l’épure. Ailleurs, on voit que l’Espagne achève la restructuration de ses caisses d’épargne et que la Grèce a entrepris la consolidation de son secteur bancaire.
La Lettre Valloire : Comment la Banque Tarneaud anticipe-t-elle les résultats de l’année 2011 ? Etes-vous inquiet pour les mois à venir ?
Jean Dumont : Nous sommes une banque de réseau locale, bien éloignée des tourments de la planète financière. Et nous surperformons légèrement par rapport à nos concurrents naturels que sont les autres banques régionales. L’activité au premier semestre a été bonne, avec une progression de près de 6 % du produit net bancaire, à 64 M€, et une forte remontée du résultat. Même si on observe un léger ralentissement de l’activité depuis la seconde quinzaine de mai, la plupart de nos segments de marché sont en croissance : + 20 % pour les prêts destinés aux investissements des professionnels et des PME, par exemple. Les crédits à la consommation distribués aux particuliers sont stables, mais nous enregistrons une très forte hausse sur certains crédits immobiliers. Et il n’y a pas de signes avant-coureurs d’une chute de l’activité, comme ceux qu’on avait pu observer à la rentrée 2008.
La Lettre Valloire : Une nouvelle frilosité des prêteurs menace-t-elle les PME régionales ? On évoque le risque d’un credit crunch ?
Jean Dumont : Rien ne le laisse penser. Je soulignais en début d’entretien que les banques avaient surmonté la crise de la fin de la dernière décennie. Et elles ne peuvent pas se couper de leur clientèle et de la production de crédits, qui les fait vivre. Je rappelle que durant la crise, et ce, jusqu’à la fin de l’année passée, les banques avaient pris des engagements de croissance annuelle d’au moins 3 % des encours de crédits aux PME. Et elles les ont tenus. Il n’y a aucune raison que cela change.














