Le nouveau président du Medef Centre, également à la tête du Medef 18, tient à faire valoir localement les intérêts supérieurs de l’entreprise qu’il estime insuffisamment
pris en compte par les collectivités locales et la Région. Serge Richard, qui dirige le laboratoire d’essais précliniques CERB, veut aussi tenter de rapprocher l’Education nationale et l’enseignement supérieur du monde des affaires. La Lettre Valloire : Vous avez pris la présidence du Medef Centre en juin 2006. Quelles seront les priorités de votre action ? Serge Richard : Je veux dire d’emblée que je m’inscrirai dans la droite ligne des actions engagées par mon prédécesseur, Etienne Rouxel, qui a réussi à donner une véritable consistance au Medef Centre. Ce dernier en manquait singulièrement. L’une de mes priorités sera le renforcement des relations entre les entreprises régionales et l’enseignement supérieur. Le Medef Centre a été le co-organisateur du colloque Université-Enseignement supérieur- Entreprise qui s’est tenu pour la première fois en France dans les locaux de Polytech Tours. J’avais assumé la présidence du comité de pilotage de cette manifestation qui sera réactivée dès 2007. Je souhaite qu’une seconde édition de ce colloque se tienne en 2008, sans doute à Orléans. LV : Quel est le but poursuivi par ces colloques ? S. R. : Il est indispensable que les PMI/PME prennent conscience que nous sommes entrés dans l’ère de l’économie de la connaissance. Si nous voulons lutter avec des pays qui n’ont pas à financer le même niveau de protection sociale que celui offert à nos concitoyens, notre seule chance est de rehausser la valeur ajoutée produite. Et c’est en misant sur l’intelligence et la recherche que nous pouvons gagner ce combat. Dans le même temps, il est indispensable que l’enseignement supérieur et l’Education nationale prennent conscience que la richesse produite par les entreprises finance cette même protection sociale… et une partie des salaires des enseignants. Je suis inquiet du fossé qui se creuse entre la population exposée à la mondialisation et la population protégée qui n’a pas pris la mesure des enjeux de la guerre économique qui fait rage. Je souhaite, dans cette perspective, généraliser la semaine Ecole-Entreprises que nous avons lancée dans le Cher. Cette action de sensibilisation est d’ailleurs davantage destinée aux enseignants qu’aux enfants. La réduction de ce fossé sera sans doute l’un des enjeux de la présidentielle 2007. LV : Justement, comment comptez-vous relayer localement la participation du Medef au débat présidentiel ? S. R. : Nous nous appuierons sur le livre blanc du Medef qui sera rendu public dans quelques jours, le 25 janvier ; nous le revendiquons pleinement, les adhérents des Medef territoriaux ayant beaucoup contribué à sa rédaction. Plusieurs thèmes sont abordés mais l’un de ceux qui me tient le plus à coeur est celui du poids des prélèvements : en Allemagne, un pays une fois un tiers plus peuplé que le nôtre, la ponction annuelle sur la richesse produite par les entreprises est de 206 Mds€ ; elle est de 283 Mds€ en France et de 120 Mds€ au Royaume-Uni. L’Etat continue à dépenser 25 % de plus qu’il ne gagne et reporte la facture sur les jeunes générations en omettant au passage d’investir pour leur avenir. Le constat est connu mais j’aime à le rappeler ici : nous ne pouvons pas continuer comme cela ! LV : Quel regard portez-vous sur la politique économique menée par les collectivités locales et la Région ? La parole des patrons est-elle suffisamment entendue ? S. R. : J’ai écrit récemment au président Sapin pour lui dire que nous estimions avoir été insuffisamment impliqués dans la conception du Schéma de développement économique et social régional (SDESR). Ce n’est pas lors de telles grands-messes que la parole des entreprises peut être entendue. Nous réclamons la mise en place d’une instance permanente de concertation. Il ne s’agit pas de se substituer aux élus, ni de gouverner la Région ! Mais de pouvoir jouer un rôle de conseil dans un domaine que nous connaissons un peu… Michel Sapin m’a très courtoisement répondu en indiquant qu’il existait une instance prévue à cet effet : le Conseil économique et social régional (CESR). Je considère que le compte n’y est pas. Nous nous sentons frustrés. Je souhaite m’en expliquer avec Marie- Madeleine Mialot, en charge des questions économiques à la Région. LV : Mais quel jugement portez-vous sur le fond des actions menées par les collectivités ? S. R. : La Région est l’échelon de référence pour la politique de développement économique : elle doit être le pilote et le coordinateur. Il est d’ailleurs indispensable qu’une clarification et une simplification soient opérées entre les différents niveaux : départements, agglos, pays. Qui s’y retrouve? Cet empilage administratif nuit à l’efficacité. C’est à la Région de structurer ces ressources, d’optimiser son offre de formation. Tout en cessant de croire à la toute-puissance du politique sur l’économique. LV : La Région est-elle dans son rôle lorsqu’elle conditionne ses aides à la réalisation d’objectifs en matière d’emplois et de politique environnementale ? S. R. : Les entreprises ont à respecter le droit du travail, mais ce n’est pas aux politiques de juger si un entrepreneur doit recruter en CDI ou en CDD. Une collectivité n’a pas à évaluer une telle opportunité qui relève de la souveraineté du chef d’entreprise. Ce dernier n’a d’ailleurs pas beaucoup le choix pour évaluer sans trop de risque la compétence et l’implication d’un collaborateur. C’est une évidence, mais il faut la rappeler : ce n’est pas sous la contrainte que les entreprises embaucheront. Pour les questions environnementales, qui sont certes des questions de première importance, ma réponse est identique. Le droit et la réglementation sont là pour être appliqués. Il s’agit, pour le reste, de sensibiliser le chef d’entreprise, pas de le contraindre. LV : Les relations avec l’autre centrale patronale, la CGPME, sont parfois difficiles. C’est d’ailleurs explicitement le cas en région Centre. Qu’en est-il exactement ? S. R. : Chacun se respecte et nous sommes plutôt d’accord sur l’essentiel. Pour le reste, c’est une affaire d’hommes. J’ai cru comprendre que nos relations avec le président régional de la CGPME (François Nobili, élu d’Indre-et-Loire, NDLR) s’étaient dégradées. De mon point de vue, le Medef n’a rien à se reprocher dans cette affaire. Je suis éventuellement disposé à rencontrer les instances dirigeantes de la CGPME pour mettre les choses à plat. C’est dans l’intérêt de tous. Bien entendu, il est nécessaire que ses responsables fassent au préalable preuve d’un esprit d’apaisement et prennent des engagements dans ce sens.














